—Toute l’indignité du personnage!

—Non, pas cela, et vous avez tort de le dire. Il souffre, il est malheureux ...

—Il vous fait souffrir surtout.

—Non, c’est faux! Et j’irais encore l’accabler! Que deviendrait-il s’il ne m’avait pas? Parce que tout le monde le méjuge et se détourne de lui, vous voudriez que, moi aussi ... Oh non! non! Que ce soit par amour ou par orgueil, peu importe! Je ne le quitterai pas!»

Elvire Potarlot offrait encore à ses adversaires bien d’autres points faibles.

Par suite même de son entière bonne foi, de l’extrême sincérité qu’elle mettait à chercher ce qu’elle croyait la vérité, ses programmes étaient remplis de disparates et de contradictions; elle passait littéralement son temps à démolir ce qu’elle venait d’édifier, à brûler le soir ce qu’elle avait adoré le matin; elle se lançait dans les plus étranges exagérations, se perdait dans les hypothèses les plus folles.

Après avoir longtemps prêché l’abolition du mariage et réclamé l’union libre, la voilà qui venait de déclarer que l’union libre ne profite qu’à l’homme, que légalement elle le dispense de toute responsabilité et de toute charge envers sa compagne, et que celle-ci ne peut y trouver que déception et duperie. «Le mariage légal est encore, osait-elle écrire, ce qui, dans les conditions actuelles, protège le mieux la femme, ce qui lui assure le plus de garanties contre l’inconstance et l’abandon de l’homme.»

Mais ce n’était plus de l’émancipation, cela! C’était la continuité de l’esclavage.

«D’ailleurs, pour se marier, il faut être deux, Elvire, lui répliquaient, tout comme M. de La Palice aurait pu le faire, la citoyenne Magloire et son émule Estelle de Bals. Or, vous voyez bien que les hommes n’y tiennent plus, au conjungo, qu’ils n’en veulent plus, qu’on se marie de moins en moins: consultez les statistiques, ma chère! Faudra-t-il donc tomber aux genoux de ces messieurs, nous rouler aux pieds de ces potentats, pour les déterminer à nous épouser? Est-ce cela que vous demandez, Elvire?»