«Tu as fait des clubs, n’est-ce pas? dit-il.

—Ah! je t’ai raconté cela? Tu te rappelles? Oui, j’ai fait des clubs là-bas. Quel métier! Et, pour te payer ma fiole, tu me demandais si je n’allais pas retourner bientôt chez ces sauvages-là? Elle est bonne! Ah! mon cher, j’aimerais mieux me flanquer dans la Seine tout de suite! J’aurais à choisir que je n’hésiterais pas une seconde.

—Cependant on gagne de l’argent en Amérique: c’est une compensation.

—On en gagne, soit! mais tout est dix fois plus cher qu’ici. En sorte que, au bout du compte, on finit par être plus pauvre ... Et puis, vois-tu, ah! quels mufles que ces types-là! s’écria brusquement Clara, qui se plaisait toujours à résumer par ce mot son opinion sur le sexe fort en général et sur les Yankees en particulier. Quels sales mufles! Pas l’ombre d’éducation! Pas l’ombre de tact et de délicatesse! Moi, n’est-ce pas, qui ne me monte pas le coup, qui sais très bien que je ne suis qu’une fille, que je n’ai pas le droit de faire la mijaurée et la fine gueule, eh bien, il me semble avoir passé ces deux années-là,—les deux ans que j’ai vécu chez eux,—au milieu d’une bande de fous ou d’une troupe de bêtes fauves. Et, tiens, à propos, sais-tu comment ils les traitent, les fous, dans leurs hôpitaux?

—Il paraît qu’ils ont très peu de fous furieux.

—Ils n’en ont pas du tout, et ce n’est pas malin, avec le système qu’ils emploient, ce qu’ils appellent la contrainte chimique.

—Joli nom!

—Ils les droguent à mort, leurs aliénés; ils les gavent de morphine, d’opium, d’iodure, pour les calmer.

—Ce n’est pas bête.