—Eh bien, j’ai compté! sur vingt-cinq maisons qui se suivent, il y a trente-sept marchands de vin! C’est-à-dire qu’il y en a quasi deux à chaque porte, l’un à droite, l’autre à gauche. Vous ne trouvez pas cela scandaleux, abominable? Vous ne voyez pas là un immense danger, une calamité publique? Ah! mademoiselle, si j’étais que de vous!
—Mais je ne peux pas faire fermer ces établissements!
—Vous pourriez démontrer les terribles conséquences qu’ils présentent pour la santé et la moralité publiques, pour le sort de notre race, mademoiselle! Et quelles dépenses! Tous ces ivrognes, ces alcooliques, qui viennent échouer dans les hôpitaux, à Saint-Anne ou ailleurs, qui prend soin d’eux, qui subvient à tous leurs frais de médication et d’entretien? C’est nous, nous tous, malheureux contribuables! C’est toujours sur nous qu’on tombe!»
En ce moment, Séverin Veyssières vint à passer. Il aperçut Katia chez l’horloger, tout contre la porte, et entra.
«Précisément, monsieur, poursuivit le père Jean-Louis, je causais avec mademoiselle d’une question dont je vous ai touché deux mots l’autre jour ...
—L’alcoolisme? interrompit Veyssières.
—Juste! Ah! vous vous souvenez?
—Comment donc! Et vous avez trouvé la solution du problème?
—Du ... de quel problème? demanda M. Jean-Louis en ouvrant tout grands les yeux.
—Pourquoi les races qui absorbent le plus d’alcool sont-elles les plus fortes, les seules puissantes et prépondérantes, tandis que les races sobres et buveuses d’eau, comme ces infortunés Ottomans ou ces fiers hidalgos, sont-elles sans vigueur, sans relief ni influence, des races qui s’éteignent?