—Je n’en sais rien, monsieur; je n’ai pas suffisamment étudié. Tout ce que je puis vous dire, c’est que c’est une plaie que l’ivrognerie, un fléau que tout bon gouvernement devrait s’appliquer à détruire. Mais je t’en fiche! Ça leur est bien égal. Pourvu qu’ils soient à la Chambre, qu’ils palpent leurs neuf mille ... pardon! leurs quinze mille francs, ainsi que mademoiselle vient de me l’apprendre! C’est que tout cela se tient: c’est compères et compagnons! Ce sont les marchands de vin qui font les députés, et ce sont les députés qui soutiennent et encouragent les marchands de vin. N’empêche, monsieur, que c’est une bien triste chose! Demandez à Mlle Mordasz! Nous avions dans la maison une malheureuse jeune femme de vingt ans, une blanchisseuse, qui s’est mise à boire, la Desroche, comme on l’appelait. Elle vivait avec un ouvrier zingueur, qui se livrait, lui aussi, à la boisson.

—Ils allaient bien ensemble, observa Veyssières.

—Eh bien, non, monsieur. La preuve, c’est qu’il l’a quittée. Ça le dégoûtait, comme il disait, d’avoir une femme pocharde.

—Et lui? fit Veyssières.

—Ce qui le dégoûtait bien davantage, ajoutez-le donc, monsieur Jean-Louis, c’était d’avoir une femme enceinte, déclara Katia. Voilà le vrai motif de la séparation.

—C’est possible, en effet, acquiesça l’horloger.

—C’est sûr et certain. L’ivrognerie n’a été que le prétexte. La vérité est qu’il a eu peur d’une nouvelle charge, peur d’avoir une bouche de plus à nourrir, et, bravement, il a décampé.

—C’est un misérable! dit Veyssières.

—Un gredin, une canaille, un criminel, tout ce que vous voudrez, poursuivit Katia. Mais ces épithètes ne pallient pas le mal et ne servent à rien.