—Ces découchers fréquents ...

—Si j’étais caissière dans un café ou un restaurant de nuit, ma fille serait cependant bien obligée de rester seule?

—Ce n’est pas le cas, je crois, madame, et si vous hantez les restaurants et autres établissements nocturnes, ce n’est pas pour y tenir la caisse ni les écritures.

—Non, monsieur, en effet.

—C’est pour y chercher aventure.

—Pour y chercher de l’argent et y gagner ma vie. Je préférerais certainement demeurer au coin de mon feu ou me coucher de bonne heure, vivre bourgeoisement, comme on dit, je vous assure bien; mais il faut manger!

—Et vous n’avez pas trouvé d’autres moyens d’existence?

—Non, monsieur le commissaire. Je n’étais cependant pas née pour ce métier; je sors d’une bonne famille, j’ai reçu de l’instruction. Mon père m’avait fait étudier le piano, et j’ai fréquenté pendant deux ans les cours du Conservatoire. J’en sortis pour me marier ... J’épousai un de mes cousins, qui était employé de commerce, comptable dans un grand magasin. Le malheur est que je suis devenue veuve il y a cinq ans, avec cette gamine sur les bras ... J’ai maintes fois essayé de donner des leçons, des leçons de piano; mais, même en ne les faisant payer que dix sous le cachet, je n’en trouvais pas assez ... Impossible de vivre! Alors ... alors ...

—Je devine le reste.

—Mais quant à boire, monsieur le commissaire, je ne bois pas autant qu’on le dit; c’est une calomnie!