Quant à Corentine Rousselin, ruinée comme sa concierge, dépouillée de son cher magot, de ce qui était son sang, son âme et sa vie, elle n’y résista point. Un soir, elle se calfeutra dans sa mansarde, alluma un réchaud de charbon ...

Et son âme indignée s’enfuit en gémissant chez les ombres.


X

Mme Bombardier continuait à se consoler de son échec à la présidence du Grand Congrès Féministe et à oublier la cruelle humiliation que lui avaient si traîtreusement infligée ses collègues, sœurs d’armes et bonnes amies.

Cette consolation, elle l’avait trouvée près d’elle, dans un charmant jouvenceau, qui lui était comme à point nommé et tout exprès tombé du ciel. C’était le neveu de son intime mais bien inconstant et infidèle complice, de Léopold Magimier, le député de Seine-et-Loire. Il était le fils de ce tanneur et marchand de peaux, qui, en fournissant naguère à son frère aîné, candidat électoral, un stock important de bottes à l’écuyère, lui avait rendu un signalé service. Félicien Magimier, notre jouvenceau, entrait dans ses dix-sept ans, et, de son collège de province, venait d’être envoyé comme interne au lycée Janson-de-Sailly. Malgré son notoire égoïsme et son j’ m’enfoutisme proverbial, M. le député n’avait pu refuser de lui servir de correspondant, et, lorsqu’une épidémie de fièvre typhoïde se déclara parmi les élèves et amena leur licenciement, Félicien vint tout naturellement se réfugier chez son oncle.

C’est alors qu’Angélique lança le filet sur cette proie.

A l’exemple d’une autre prêtresse de l’Émancipation, de cette bouillante et incandescente citoyenne Nina Magloire, réduite à déménager tous les trois mois par suite des trop pratiques leçons qu’elle ne pouvait s’empêcher de donner aux adolescents de son entourage, et des avanies et algarades qu’elle s’attirait de la part des papas et mamans, Angélique Bombardier avait un culte spécial pour la timide et naïve jeunesse.

Ancienne adepte d’Enfantin, qui proclamait si bien «la réhabilitation de la matière et les avantages de la promiscuité»; passée plus tard à Fourier, qui réclamait non moins éloquemment «l’égale liberté des passions pour l’un comme pour l’autre sexe», et montrait «dans l’île d’Otahiti, dans l’absence de contrainte et les puissantes facultés amoureuses de ses habitants et habitantes, l’exemple à suivre, le modèle des sociétés futures», Angélique Bombardier avait toute sa vie mis sa conduite d’accord avec ces principes et témoigné en amour de la plus entière indépendance.