—Tandis que, dans le monde, il faut se laisser empoisonner sans protester, maugréa Chantolle.

—Et se laisser de même, sans crier, meurtrir les côtes, écraser les orteils ou étouffer en silence, avec la stupide manie qu’ont tant de maîtresses de maison d’inviter trois fois plus de convives que leur salle à manger n’en peut contenir, remarqua Hector Jourd’huy, ex-capitaine devenu chef de bureau au Crédit International, et l’un des plus fervents affiliés salomoniens.

—Nous, au moins, ici, nous avons de la place! fit le maître des requêtes Courcelles d’Amblaincourt.

—Et si nous n’en avions pas, nous nous en ferions donner, ajouta Xavier Ferrero, gros commissionnaire exportateur.

—Ce qui ne serait pas difficile! exclama l’ingénieur Lesparre.

—Aussi, vous le constatez tous sans doute de votre côté, messieurs, interjeta Nantel, les dîners de corporations, les dîners de sociétés, ont de plus en plus de succès.

—Les dîners entre hommes, c’est cela! repartit Ernest de Brizeaux, sénateur d’Indre-et-Var. Pas de femmes, mes très chers!

—Ah non! Pas de femmes! acquiescèrent simultanément Jourd’huy, Magimier et le président de tribunal Herbeville.

—Moi, en dehors de notre banquet mensuel, je ne mange plus qu’à mon cercle, disait pendant ce temps Chantolle à son voisin de table, le peintre Ravida. Nous y avons une excellente cuisine et à très bon compte; la cave est particulièrement bien montée ...