»C’est bien là, en effet, et sans conteste, le sentiment, l’ardent et obsédant désir, que doit éprouver toute mère tant soit peu douée de clairvoyance et d’intelligence.
»Eh bien, c’est à réaliser ce vœu si légitime, si rationnel, si humain, que nous nous appliquons; c’est à arracher à la misère et à la souffrance, c’est-à-dire à sauvegarder de la vie le plus de proies possible, que nous avons voué nos forces.
»Quelques-uns, je le sais, se plaisent à nous dénigrer et nous disqualifier, ne se lassent pas de fausser, de rapetisser et avilir le pur et glorieux mobile auquel nous obéissons. On nous taxe de coquetterie, d’avarice, d’égoïsme, de perversité,—de folie surtout: pour ces messieurs, toujours si raisonnables, si pondérés, si sensés, toutes les femmes sont des détraquées et des toquées.
»L’un de ces juges inflexibles écrivait dernièrement:
«Il y a, vers l’avortement, une véritable poussée, un entraînement auquel on cède dans tous les mondes, dans les plus bas comme dans les plus élevés. L’enfant, un peu partout, dans le peuple, dans la bourgeoisie, là où l’on travaille comme là où l’on s’amuse, est devenu un ennui, une gêne, un fardeau ou un embarras. Il est de trop, et tous les moyens commencent à être bons pour se débarrasser de lui. Les pauvres songent aux difficultés qu’ils ont déjà à se tirer d’affaire tout seuls, les riches sont absorbés par leurs plaisirs, et chacun, sans scrupule, travaille au profit de son égoïsme, à la fin de l’humanité[11] .»
»Erreur! Ce n’est nullement au profit de notre égoïsme, mais par raison et par expérience, par bonté et par pitié,—pitié pour ces malheureux petits êtres condamnés à la vie,—que nous réclamons et proclamons le droit à l’avortement.»
Toujours conséquente avec ses généreuses et radicales théories, et peu encline à jamais mettre la lumière sous le boisseau, Guillemine de Chastaing s’appliqua de plus en plus à les répandre. Après avoir pactisé avec les adeptes des tendresses saphiques, insinué et propagé, tout comme la fameuse Gabrielle de Surgères, comme Lina Rozetti ou Florence Stuart, l’aversion, le dégoût et l’abomination du mâle, elle entreprit d’étudier et de vulgariser les divers moyens de ralentir ou de supprimer la reproduction de l’espèce humaine, sans gêner en rien les rapports galants et déduits amoureux.
«Les hommes s’en moquent, des grossesses! disait-elle. Il leur est facile de rire, de nous critiquer et malmener. Ils n’ont que de l’agrément dans l’affaire, eux! Tandis que nous, c’est neuf mois de souffrances, neuf mois d’angoisses et de tourments, c’est notre vie même que nous risquons!»
Avec le phalanstérien Fourier, si joliment drapé et houspillé par Proudhon, elle patronna d’abord «la stérilité artificielle par engraissement»; mais les résultats du système furent pitoyables, et elle ne reçut de ses amies que des plaintes, des plaintes péremptoirement et effroyablement motivées.