—Qui n’aurait peut-être pas été plus mauvaise qu’une autre, si elle avait eu une vraie mère.

—Malheureusement!... Et remarquez, poursuivit M. Jean-Louis, remarquez, madame Paquin, combien les mauvaises mères deviennent de plus en plus nombreuses, combien les «enfants martyrs» augmentent! On ne voit pour ainsi dire que cela dans les journaux!

—C’est vrai, à tout moment ... On croirait que les femmes d’à présent ne savent plus ce que c’est que d’être mères, qu’elles ne sont plus faites pour cela.

—Eh! eh! madame Paquin, ce que vous énoncez là est peut-être plus vrai que vous ne le supposez! Le ménage, la famille, la maternité, tout cela se tient. On ne veut plus de ménagères, et l’on n’a plus de mères, ou l’on a de mauvaises mères, trop de mauvaises mères!

—Des «enfants martyrs», en effet, comme vous dites, on ne voit que ça! Il ne se passe pas de jour ... On en arrivera à être obligé de faire élever ces pauvres gosses par l’État.

—Ils n’en seraient très souvent que mieux élevés.

—Et sûrement que moins maltraités, moins brutalisés. Et puis ils n’auraient point constamment sous les yeux tant de vilains exemples.

—C’est ce que dit Mlle Mordasz. Il paraît que dans ce qu’on appelle l’antiquité, chez les Spartiates, on élevait les enfants de cette façon, et qu’on s’en trouvait très bien. Moi, je ne suis pas savant comme Mlle Mordasz, mais cette idée-là me chiffonne.

—Moi aussi, m’sieu Jean-Louis. Et si jadis on avait voulu me prendre mes deux garçons ... Ah! mais non! Ah mais non!

—Oh! vous, madame Paquin, vous êtes une femme de l’ancien temps! Aujourd’hui, les enfants, ça gêne: moins on en a, mieux ça vaut; et quand on n’en a pas du tout, c’est l’idéal, le paradis! Voyez ces dames qui demeurent au fond de la cour, ces employées ...