—Les deux bicyclistes?
—Oui, et puis l’autre, la grande maigre nouvellement emménagée ... Elles ont beau accoucher, vous ne leur voyez jamais de bébés!
—Et celles de l’entre-sol, repartit Mme Paquin, les deux petites brunes, des bicyclistes enragées aussi, celles-là; et la grosse blonde du troisième; et les couturières d’en face, les dames Drion et Laurency, et tant et tant d’autres autour de nous ... pas d’enfants! jamais de grossesses!
—Si, par hasard, le fait se produit, comme c’est le cas de ces dames du fond de la cour, on expédie le moutard en province, en Bretagne, en Bourgogne ou en Picardie, n’importe où; et, pourvu que ça crève là-bas ...
—Hélas!
—Que voulez-vous qu’elles en fassent, de leurs bébés? Elles ne peuvent pas les emmener avec elles à leur bureau ou à leur magasin, n’est-ce pas? Alors, il faut bien s’en débarrasser ... n’y a pas à tortiller, ni faire la bouche en cœur! Voyez-vous, madame Paquin, le mieux qui puisse leur advenir, à ces pauvres poupons,—après avoir eu la bonne idée de ne pas naître, c’est d’avoir celle de trousser leurs quilles et décamper le plus promptement possible. Avez-vous remarqué que l’Église, au lieu de se désoler de la mort des enfants et de chanter sur eux le De Profundis, s’en réjouit, au contraire, et entonne à leur sujet un hymne de louange au Seigneur,—Laudate, pueri, Dominum? On m’expliquait cela dernièrement.
—C’est parce qu’ils vont au ciel tout droit, et prennent place parmi les anges.
—Il leur suffit de quitter la terre ... Croyez-vous, par exemple, que la petite Benneckert n’est pas plus heureuse?
—La pauvre chérie! Se tuer, à dix ans!
—A dix ans! Convenez, madame Paquin, que ce n’est pas à cet âge-là qu’on recourait jadis au suicide! Maintenant, avec de tels parents, on comprend qu’il n’y ait plus d’enfants, comme vous le disiez tout à l’heure, on comprend cela. Et, pour la vie qui l’attendait, cette petite ...