—Ah ma foi!»
C’était de la «Petite Sans Cœur» qu’il s’agissait, de cette malheureuse fillette, dont la mère, pianiste éminente, mais professeur sans élève, s’était mise, dès le lendemain de son veuvage, à trafiquer de ses charmes. Car, ainsi qu’elle l’avait un jour fort pertinemment expliqué au commissaire de police du quartier:
«Que voulez-vous que fasse une femme seule, sans fortune, accoutumée à avoir sa domestique?
—Oh! je ne veux rien! avait aussitôt modestement protesté le magistrat. Je constate seulement de plus en plus que toutes les femmes de votre condition, si dénuées de fortune qu’elles soient, ne peuvent se passer de domestique: à toutes, il leur faut leur bonne!
—Mais, monsieur, je n’ai pas été élevée à récurer la vaisselle ni à me gâter les mains dans toutes ces basses besognes.
—Je sais: vous suiviez, m’avez-vous dit naguère, les cours du Conservatoire, et vous vous destiniez au grand art. Veuve après quelques années de mariage, vous vous êtes lancée dans la galanterie, ce qui est une besogne bien plus relevée ...
—Mais, monsieur, encore une fois, que vouliez-vous?...
—Ce n’est pas un reproche, madame: vous-même l’avez déclaré, et je me borne à répéter vos paroles.
—Que pouvais-je faire? Si j’avais trouvé des leçons, ou bien si j’avais pu entrer dans un bureau, une administration! Mais les hommes ont envahi toutes les carrières; on se plaint partout qu’il y a trop de candidats,—à plus forte raison de candidates! Les places qu’on veut bien nous concéder, ce sont des places infimes, dérisoires, des places de sept ou huit cents francs par an,—et pas les ressources que possède une servante, pas de sou du franc, pas d’anse de panier à faire sauter. Alors? Il me répugne de me laisser exploiter, je ne vous le cache pas; je ne trouve rien de plus ridicule et de plus stupide: j’aime mieux ...
—Exploiter moi-même?