Libre! Enfin libre! Les dix mois obligatoires révolus, cette incomparable épouse troquait son nom contre celui de son petit Léonce, le chéri de son cœur, et tous deux, réalisant leur rêve ancien, s’en allèrent goûter le repos sous les ombrages du pays natal, dans un gai cottage, proche de la côte basque, entre Biarritz et Guéthary, et manger là leurs rentes, si noblement et héroïquement acquises.
Et, devenue Mme Claire Teissèdre, l’ex-madame Clara n’oublia pas ses bons amis les Yankees: jamais elle ne manquait l’occasion de vous servir quelque anecdote typique relative à ces sauvages, ni de déblatérer contre «ces sales mufles» d’hommes.
XV
Angélique Bombardier—Spartaca, de son nom de plume—n’avait pas attendu jusque-là pour parfaire l’éducation du jeune Félicien, neveu et pupille du député Magimier. Au lendemain de la première leçon, elle avait continué de roucouler avec lui, de le dresser et le façonner, jouer auprès de lui le rôle de confidente et de directrice, de «petite maman», tout comme la passionnée et si accommodante dame de Warens avec le timide Jean-Jacques. Félicien se trouvait du reste admirablement bien de ce régime, et ne demandait pas, je vous prie de le croire, à réintégrer le lycée.
Mais, s’il n’y songeait point, d’autres y pensaient pour lui, et, un matin d’avril, son oncle lui annonça qu’il lui fallait se préparer à quitter Paris pour regagner Rennes, sa ville natale et la résidence de ses parents, et y achever ses études. En même temps, il lui remit une lettre signée de son père, qui confirmait pleinement et péremptoirement cette menace.
«A coup sûr, murmura aussitôt Félicien, c’est mon oncle Léopold qui veut se débarrasser de moi, c’est lui qui me fait rappeler par papa. Je le gêne, mon oncle, il suffit que je sois chez lui ... Et il n’aime pas à être gêné, mon nononcle! Ah non! il n’aime pas ça!»
Il le connaissait bien, son nononcle, ce gentil neveu.
Lorsque Angélique apprit cette barbare décision, elle se mit à fondre en larmes, et, jetant les bras autour du cou de Félicien: