—Il leur faut des bonnes, à toutes! compléta Herbeville.
—C’est très vrai.
—Toutes prétendent se faire servir, se reconnaissent incapables de se servir elles-mêmes, s’en font gloire. Quelle est donc celle qui, une fois mariée, consentirait à laver sa vaisselle? Une artiste, qui a, sur le piano, un talent si distingué, ou expose des pastels à chaque salon! Elle irait salir ses fines menottes, les gâter, les profaner! Une doctoresse, pour qui la chimie organique et la zoologie comparée n’ont plus de secrets! Et ne dites pas qu’on peut s’occuper à la fois de ménage et de science: on ne sert pas deux maîtres; c’est l’un ou l’autre.
—Ce sera l’autre, dit Veyssières; elles feront de la science ...
—En attendant, elles ne font plus d’enfants, objecta Chantolle.
—Elles n’en veulent plus: ça les gêne.
—Et de même, continua Chantolle, que les mariages diminuent chez nous, notre natalité demeure à peu près stationnaire, pour ne pas dire qu’elle baisse d’année en année. Voilà le point grave, car, avant tout, il faut exister ...
—Ohé! les races latines!!
—L’Allemagne s’est bien gardée et se garde bien de lancer comme nous ses femmes dans la vie publique, de les détourner de la vie de famille, de les implanter dans les administrations, de faire d’elles d’économiques gratte-papier, des fonctionnaires au rabais. Les Allemands veulent des épouses et des mères; ils veulent des enfants, et chaque année leur population s’accroît de sept à huit cent mille âmes, voire davantage. Nous, nous ne bougeons pas; nous n’avons aucun excédent, ou si peu que rien[1] . Aussi, conclut Chantolle, l’Allemagne n’a pas besoin de nous déclarer la guerre pour nous battre: elle remporte sur nous chaque année—chaque jour!—une victoire considérable[2] .