Le second, Théodule-Alcide Lardenois, qui avait un an de moins, était tout aussi solidement étoffé et à peu près aussi mafflu et rougeaud que son supérieur. Comme lui, il appartenait à une famille de paysans bressans.

Le troisième, Félix Cabrillat, entrait dans sa vingt-deuxième année et avait pour père un maître d'armes de Besançon. Il était de taille moyenne, pâlot et maigrelet, avait l'air doux, réservé, distingué, somme toute, et, depuis deux semaines qu'il faisait partie du personnel de la pharmacie Pichancourt, ne s'était pas encore regimbé contre les inévitables exigences de ses deux aînés.

Il y avait près d'une année que ceux-ci vivaient côte à côte, et, jusqu'à cette soirée d'octobre, à part quelques piques insignifiantes, la meilleure intelligence n'avait cessé de régner entre eux. Mais, comme, la poule du fabuliste, Mlle Adrienne Desormeaux survint,

Et voilà la guerre allumée

entre nos deux coqs, Nestor Richefeu et Théodule-Alcide Lardenois.

* * * * *

Le lendemain matin, sur les neuf heures, à son retour de la messe, Mlle Desormeaux, escortée de sa gouvernante, pénétrait de nouveau dans la pharmacie. Il faut croire que le baume «souverain» n'avait produit que fort peu d'effet, car la jeune fille tenait, pliée dans son livre de prières, une ordonnance du docteur Morel.

Cette fois, ce fut Théodule Lardenois qui s'avança. Nestor Richefeu, «monsieur le joli coeur», était à son tour absent de la boutique et occupé dans le laboratoire.

—Monsieur votre père ne va donc pas mieux, mademoiselle?

—Non, monsieur, hélas! Il n'a pu fermer l'oeil de la nuit. Toujours son rhumatisme dans l'épaule! Et puis la fièvre qui s'est déclarée, une grosse fièvre… M. Morel est venu dès le matin…