—Une forte indigestion, oui, ajouta le docteur; mais compliquée d'intoxication, certainement!
Et, jugeant à divers symptômes que ce toxique devait être l'opium, il prescrivit les révulsifs et antidotes indiqués.
Une insurmontable torpeur s'était emparée de Richefeu, et ce n'est que dans l'après-midi du lendemain qu'il commença à sortir de cet état comateux et à recouvrer ses esprits.
«Il était dans une chambre d'hôtel… à Genève… à cause de… du duel… pour Mlle Desormeaux… de la pilule préparée par Cabrillat… Oui! C'était lui qui avait eu la malchance, sans aucun doute… Il n'était pas mort pourtant!…»
Il garda le lit ou la chambre trois jours encore; puis, le samedi matin, le docteur lui ayant rendu sa liberté, il s'achemina, encore flageolant, vers la gare, et reprit la route de Chèvremont-en-Bresse.
* * * * *
M. Pichancourt était debout sur le seuil de sa porte, discutant, clamant et gesticulant, le dos tourné vers la rue, au moment où Nestor Richefeu arrivait devant la pharmacie et se préparait à réintégrer le bercail.
Involontairement, à la vue de son patron, il fit mine de se dérober, voulut rebrousser chemin; mais le père Pichancourt l'avait aperçu.
—Ah bon! Voilà l'autre, à présent! Quand je vous disais qu'ils s'étaient donné le mot! J'avais bien deviné: mes gaillards ont décampé tous deux ensemble, s'en sont allés de conserve tirer une bordée, et les voici qui nous reviennent, toujours de compagnie! Entrez donc, Richefeu, ne restez pas sur le trottoir, mon garçon!
Richefeu obéit, et aperçut dans la boutique, non seulement son pseudo-complice Lardenois, mais Félix Cabrillat et trois autres potards déjà installés derrière les comptoirs et intronisés dans leurs fonctions.