Où le trouver, cet époux si secrètement mais si instamment appelé? A qui recourir, oser s'adresser?
Hermance savait bien qu'elle ne possédait pas la taille élancée d'une Diane chasseresse, pas plus que l'ampleur et l'imposante prestance de Junon; mais de là à se croire contrefaite, à s'avouer qu'elle était bossue! Elle se reconnaissait «un peu» trop petite, dans son for intérieur, toute mince, fluette et mignonne, avec une épaule, oui, l'épaule droite, peut-être «un peu»… un peu différente de l'autre:—il n'y avait pas à en douter, pas moyen! et certaines phrases chuchotées parfois derrière elle le lui avaient appris,—«un peu» plus haute et trop… anguleuse. Voilà ce que c'est que de ne pas surveiller le maintien des enfants lorsqu'ils sont encore au berceau et à la lisière, de leur laisser prendre de mauvaises postures! Et puis d'ailleurs s'il n'y avait pour convoler que les Vénus ou les femmes colosses, il y a bel âge que le monde aurait cessé de se recruter.
* * * * *
Un soir qu'elle parcourait son journal habituel, Le Petit Lorrain, «journal de Meurthe-et-Meuse et des départements limitrophes», Hermance Desrigny rencontra, au bas d'une colonne de la troisième page, l'annonce suivante:
«INSTITUT MATRIMONIAL DE FRANCE, fondé par Mme DE SAINT-ELME, pour faciliter, entre les familles honorables les alliances les mieux assorties au point de vue physiologique et social.—Dots de 10,000 francs à plusieurs millions.—Rue de la Chaussée d'Antin, 65, Paris.—De une heure à cinq.—Correspondance.»
Le lendemain le regard d'Hermance tomba encore sur cette annonce, le surlendemain encore….
«Si j'écrivais à cette dame?» finit par se dire Mlle Desrigny.
Et elle lui écrivit.
Par retour du courrier elle reçut un mirifique prospectus, lithographié sur papier rose, et destiné à expliquer, prôner et célébrer «le but moral de l'Institut matrimonial de France».
«L'Institut Matrimonial de France n'est point une agence,» déclarait catégoriquement et dédaigneusement Mme de Saint-Elme, en tête de son épître.