Mme de Mortagne se montrait d'autant plus sensible à ces gracieusetés qu'elle raffolait de tous les bijoux et professait pour tout ce qui est lucre et bénéfice en général un culte incomparablement plus ardent que celui qu'elle rendait à la vertu. Elle était même célèbre dans son monde par sa rapacité, si célèbre que plusieurs de ses bonnes amies, la voyant presque chaque soir rôder aux alentours de la petite Bourse, prétendaient qu'elle était de race juive et le soutenaient avec obstination. Il n'en était rien. Léa avait été solennellement baptisée, trente-huit ans auparavant, dans l'église de Mortagne, sa ville natale, et s'appelait de son vrai nom Mélanie Cochenard.
A différentes reprises, Léa avait remarqué, dans la vitrine d'un bijoutier du boulevard des Italiens, un bracelet en or mat garni de trois superbes saphirs sertis de brillants, et peu à peu elle s'était laissé fasciner par ce bijou, s'en était entichée.
Comment l'avoir?
—Lorsque Paul viendra, rumina-t-elle, il faudra que je tâche de me faire payer ça!
Paul Holger arriva, et Léa n'eut rien de plus pressé que de l'amener devant la montre du bijoutier et de le convier à partager son admiration.
—Très beau, en effet! D'un goût, d'une élégance!…
—Et les saphirs, quel éclat! Vois, le joli bleu! Un bleu pas trop foncé, à la fois limpide et velouté…
—Un bleu magnifique! Oh! certes! s'écria Paul. Seulement…
—Oui, c'est le prix!
Une microscopique étiquette, fichée dans l'écrin où reposait le bijou, portait le chiffre 3,200, et Paul Holger ne mettait guère d'habitude plus de douze ou quinze cents francs à ses témoignages de reconnaissance envers Mme de Mortagne. On était donc loin de compte.