M. Ladevèze n'avait pas attendu l'arrivée de son gendre pour essayer de calmer l'irascible Palmyre et lui faire reprendre sa place auprès de son époux.
—Alors il te trompe, ce gredin d'Hector?
—Oui, papa! Je l'ai surpris…. Oh! il ne peut pas nier!
—Et tu ne l'as pas vitriolé, lui et sa complice? Tu n'es pas dans le train, mon enfant!
—Mais, papa….
—Bien entendu, il n'y avait rien de trop beau pour ta rivale. Il lui avait payé hôtel et domestiques, chevaux et voitures, bijoux, dentelles, tout le tralala! Il a mangé ta dot avec cette gourgandine, et….
—Mais non, papa, il ne lui donnait pas un sou. C'était ma lingère, une petite meurt-de-faim qui venait travailler à la maison….
—Et tu te plains?
—Mais, papa, tu ne comprends pas!
—Je comprends, ma chère Palmyre, que tu voudrais changer l'espèce humaine, faire que l'homme n'éprouve pas de désirs pour une autre femme que la sienne, et ne cherche pas fatalement à les contenter, ces désirs, et cela me peine de te voir ainsi perdre ton temps. Certes, tu es, j'en suis convaincu d'avance, mille fois mieux, mille fois plus avenante et appétissante que ta… lingère; mais tu as le tort irrémédiable d'être l'épouse, c'est-à-dire le devoir, la règle et l'habitude: ta lingère, si laide qu'elle soit, a l'inestimable avantage d'être, elle, la nouveauté, l'inconnu; le fruit défendu, pour comble! Voilà pourquoi ton coquin de mari se sent attiré vers elle. Hélas! oui, ma fille, c'est désolant, mais c'est comme ça. Depuis que le monde est monde, changement d'herbage a réjoui les boeufs!