—Oh! madame! madame!
Le regard de Mme de Lautry suivit celui de sa bonne… Là, à deux pas d'elle, contre le mur de soubassement de la grille, M. Buvignières était installé dans une petite voiture,—pas celle qu'il avait rue du Ranelagh, une autre moins élégante et moins cossue, plus fatiguée et défraîchie, mais proprette cependant. Oh! c'était bien lui! Sans le moindre doute! Du premier coup il était reconnaissable, quoique paraissant mieux portant, moins sanguin. Il n'y avait que sa rosette de la Légion d'honneur, qu'on avait prudemment enlevée.
—Mon père! Mon père! Toi! s'exclamait Mme de Lautry.
Et une sorte d'épanouissement, de vague sourire, comme un rayon d'intime joie et de suprême allégresse, illumina la face du paralytique, toujours immobile, muet, affalé.
—Comment ce malade est-il là, madame? Où l'avez-vous trouvé? Comment osez-vous le…
Mais la mendiante, jugeant ces questions trop indiscrètes et la situation quelque peu gênante, s'était empressée de gagner le large.
—Annette, passez-moi Suzanne, et prenez cette voiture!… Ramenez monsieur!…
* * * * *
Eh bien! ce retour ne profita pas, ainsi qu'on aurait pu le croire, à M.
Buvignières.
La mendiante, la vieille mère Pellegrin, qui, durant près de dix ans, avait soigné deux paralytiques, son mari d'abord, puis un beau-frère de celui-ci, et avait vécu d'eux et bien vécu, copieusement exploité avec ces infirmes la charité publique, s'entendait comme personne à les traiter et à les gouverner.