Il fallait rentrer pourtant! Et comment oser?… Que répondre à madame?
Ah! mon Dieu! mon Dieu!
Dans son saisissement et son affolement, la pauvre fille en vint à se dire que M. Buvignières était peut-être reparti tout seul, qu'il avait pu marcher, oui, tout d'un coup, comme ça, par miracle; qu'il s'en était retourné de lui-même, sans la prévenir, à la dérobée, sans doute pour lui jouer une farce, ramenant sa roulotte avec lui, et qu'elle allait le retrouver à la maison…
Hélas! non, il n'y était pas! Et l'on peut juger avec quelle désolation et quelle indignation Mme de Lautry accueillit les aveux de sa domestique.
—Malheureuse! Je vous le disais bien de faire attention! Je vous le recommandais bien chaque fois! Est-ce vrai? Et vous me répliquiez toujours qu'il n'y avait rien à craindre, aucun danger… Vous voyez, n'est-ce pas? Vous voyez!
* * * * *
Des jours et des semaines s'écoulèrent: malgré les déclarations faites à la police, les démarches de toute sorte et les recherches sans nombre, M. Buvignières demeurait introuvable.
Mme de Lautry, dont la foi était des plus vives, la piété ardente et profonde, avait fini par ne plus rien attendre du secours des hommes et s'en remettre entièrement à Dieu. Elle ne cessait de le prier, d'implorer sa miséricorde et sa clémence, pour qu'il protégeât l'infortuné vieillard et le lui rendît… s'il était encore de ce monde!
Un jour qu'elle était allée voir une de ses amies de pension, sa plus intime amie, Berthe Lefillol, perchée dans le haut du boulevard Saint-Michel, et qu'elle s'en revenait le long de la grille du Luxembourg, en compagnie de son petit garçon et de Mlle Suzanne, qu'Annette portait dans ses bras, elle fut accostée par une vieille femme, une mendiante, qui psalmodiait plaintivement:
—N'oubliez pas un pauv' paralytique, si vous plaît!
Elle fouilla dans sa poche, en tira une pièce de menue monnaie; mais à l'instant où elle la glissait dans la main de la mendiante, Annette jeta un cri.