Il avait beau ne rien répondre, filer droit et presto, la pauvresse ne le quittait pas, trottinait à ses côtés, en continuant de moduler ses larmoyantes implorations.
—Une charité, monsieur!… Une petite charité!… Si peu que ce soit, monsieur!… Je vous en sssupplie!… Je vous en ssssupplie!…
—Non, ma brave femme, non! répliqua durement Maurice agacé. Parce que, si je vous donne aujourd'hui, il faudra vous donner encore demain et tous les jours que Dieu fasse. Je ne pourrai plus passer dans cette rue sans que vous me poursuiviez… Je ne donne jamais en rue. C'est un parti pris chez moi. Je ne connais que le bureau de bienfaisance; adressez-vous à votre mairie…
—Mais, monsieur, je m'y suis adressée. On m'accorde trois livres de pain par semaine. On ne peut faire plus, qu'ils m'ont dit, ces messieurs du bureau… Pour lorsss, faut bien que j'aie recours aux âmes charitables… Je suis bien malheureuse, allez, mon bon monsieur! Je viens d'être malade…Voilà plus d'un mois que je ne sors pas… Je vous promets, je vous laisserai tranquille quand vous passerez. Je n'abuserai pas…
—Est-ce bien vrai?… Vous me le promettez?… Vous ne me relancerez pas?…
—Non, monsieur, non, bien sûr!
—Eh bien, tenez!
Et il lui mit quelques gros sous dans la main.
—Merci bien, mon bon monsieur, merci bien! Ça vous portera bonheur.
Le lendemain, à la même heure, la pauvresse était encore au même endroit, en train de faire sa chasse. En apercevant de loin un monsieur en chapeau haut de forme et pardessus, elle courut à lui; mais, dès qu'elle eut reconnu son bienfaiteur de la veille, elle s'arrêta net, esquissa un timide salut et traversa la chaussée pour aller emboîter le pas à une élégante dame accompagnée d'une nounou et de son bébé.