Maurice se laissa toucher par l'air dolent et minable du pauvre hère, et lui bailla une modique aumône.

Mais, à dater de ce jour-là, tous les matins, immanquablement, à l'heure où il débouchait dans la rue Saint-Placide, notre bureaucrate était certain de voir ce même mendiant surgir de son coin de porte, de son embuscade habituelle, tomber sur lui, l'escorter en geignant, soupirant et roulant des yeux désespérés: «M'sieu… je vous en prrrie!… M'sieu… ayez pitié!… J'ai neuf enfants… Ma femme est à l'hôpital… M'sieu!… M'sieu…je vous en prrrie!…» s'agripper férocement à ses grègues, et ne le lâcher qu'après avoir empoché son obole.

Maurice finissait par être impatienté de cette poursuite aussi méthodique et inévitable qu'acharnée et implacable, et de cet impôt forcé.

—Je ne suis plus libre à présent!… Plus moyen de passer mon chemin tranquillement… Ah! non, non, il faut que je me débarrasse de ce crampon!

Et, cette résolution prise, il modifia son itinéraire, de façon à éviter l'embuscade susdite.

* * * * *

A quelque temps de là, comme il sortait de son bureau et venait de s'engager dans la paisible rue de Varenne, il fut abordé par une vieille femme, une pauvresse, qui vaguait d'un trottoir à l'autre, guignant les passants bien mis et de physionomie paterne, ainsi que les équipages qui s'arrêtaient devant les portes d'hôtel.

—Une petite charité, mon bon monsieur, s'il vous plaît!

Maurice eut l'air de ne pas entendre, ne broncha point et doubla le pas.

—Je vous en prie, monsieur! Une petite charité!… Je suis bien malheureuse, mon bon monsieur… Ça vous portera bonheur!…