Rien n'y fit. Le mouvement était donné; le retrait des fonds se continuait.
Anxieux, bouleversé, perdant la tête, M. Sédeillant convoqua un matin tout le personnel de ses bureaux, dans l'unique intention de «protester contre les odieuses calomnies dont il était l'objet».
—Vous me connaissez, messieurs; vous savez combien régulière, rangée et laborieuse a toujours été ma vie! Le travail! Le travail! Tel a toujours été mon seul réconfort, ma suprême joie! Vous le savez, vous tous, mes chers collaborateurs, etc.
Tous, en effet, le savaient et tenaient M. Hector Sédeillant pour le plus bienveillant des patrons, le plus équitable et le plus consciencieux des hommes. Tous l'aimaient, le vénéraient malgré sa jeunesse, ses trente-trois ans; tous s'évertuaient à le défendre au dehors, à disculper sa moralité et rétablir sa réputation.
Bien mieux, le banquier crut de son devoir et de son intérêt d'aller trouver le père Jeandin, pour lui présenter à la fois des excuses et des explications.
—Je t'accompagnerai, cela fera encore meilleur effet, lui déclara spontanément la fière Palmyre. Je verrai cette petite, je causerai avec elle et réussirai bien à lui faire oublier la… cette… le… malentendu, et à obtenir d'elle qu'elle revienne chez nous.
Ah! oui, elle en avait rabattu, la jalouse tigresse! Elle filait doux, à présent, était tout sucre et tout miel. Il le fallait bien. Il fallait bien lutter contre ce flot qui montait, montait, toujours et menaçait de tout submerger. Nécessité fait loi.
Le père Jeandin, selon son rituel de chaque jour, passé neuf heures du matin, était entre deux vins, quand M. et Mme Sédeillant heurtèrent à la porte de son taudis.
—Ah! c'est pour ça que vous venez, mon bon monsieur, et vous aussi, ma belle dame? Oh! fallait pas vous déranger pour si peu!… Certainement que je suis au courant…. Il ne se passe pas de jour que je ne reçoive des lettres, où on me raconte un tas de vilaines choses sur vous et not' Collette…. Des lettres de je ne sais qui!… Des bêtises! Tenez, v'là le cas que j'en fais de tous ces papiers-là!
Et il ponctua sa phrase par un geste tout à fait familier.