—Ça me rajeunit de vous entendre rappeler ces souvenirs, m'sieu de
Blosselières. J'avais dix-sept ans alors. Ah! c'était «la belle âge!»
—Vous avez fait du chemin depuis! Aujourd'hui vous êtes accusé de vol. Le garde, champêtre de la commune de Cernay vous a surpris dans un verger clos d'une haie et attenant à une habitation, l'habitation de M. Houdart. Vous aviez les poches pleines de fruits, de pommes, de poires, et vous vous apprêtiez à déguerpir avec votre butin…
—C'est facile à dire, mon président! Pas malin d'attribuer aux gens les canailleries qu'on a soi-même dans la cervelle!
—Permettez, accusé, je ne vous laisserai pas…
—Mais il ne faut pas juger tout le monde d'après soi! Non, m'sieu de
Blosselières! Ces poires et ces pommes, elles étaient tombées…
—Ce n'était pas une raison…
—Je les ai ramassées, mais ce n'était pas pour les emporter, je vous en donne ma parole d'honneur, mon président! Au contraire, je voulais essayer de les remettre sur l'arbre.
—Ah! très bien! très bien! Et qu'avez-vous à répondre à la déposition de l'agent Biarron, qui vous a encore rencontré en train de tendre la main aux passants?
—Si on peut dire! Pas aux passants, mon président! Non, j'avais cru sentir des gouttes d'eau, et je la tendais, la main, comme vous faites vous-même, comme ça, tenez, pour m'assurer s'il pleuvait réellement.
—Soit! mais, dans ce cas, à quoi bon cette casquette au bout de votre bras? Pourquoi la présenter à cette dame, qui traversait la place des Marchés?