—Je lui demandais mon chemin, à cette respectable concitoyenne, rien de plus, mon président! Alors, naturellement, par politesse, en homme qui sait vivre, j'avais retiré ma casquette. Moi qu'on accuse de la porter vissée sur ma tête, pour une fois qu'il m'arrive de l'avoir à la main, pas de chance, nom d'un chien, convenez-en!
—Je suis sûr, Galmiche, qu'avant de comparaître devant le tribunal, vous avez encore pris soin de vous ingurgiter plus de rasades que votre raison n'en peut supporter?
—Mon président, c'est par respect même pour la justice! Quand on a l'honneur de parler devant vous, faut dire tout ce qu'on a sur le coeur, faut que la vérité sorte intacte, de la bouche… Pour lorsss, je me suis appliqué de mon mieux à l'arroser, afin qu'elle ne soit pas «altérée». Ai-je pas bien fait, voyons?
* * * * *
Entre autres aventures qui ont popularisé à Reims le nom de Galmiche, le bon tour qu'il joua à certain adjudant d'un régiment de ligne mérite d'être rapporté.
Ce régiment était caserné dans les baraquements voisins du canal et du boulevard Fléchambault et qu'entoure une interminable palissade en planches peintes. Ledit adjudant se trouvait, une après-midi, accoudé sur cette barrière, en dedans des baraquements, et en train de fumer un superbe et excellent londrès.
Galmiche, qui était un fumeur enragé et ne possédait pour le moment ni un seul maravédis ni le moindre cornet de tabac, vint à passer le long du canal et avisa ce mirifique cigare, dont le parfum délicieux, exquis, arrivait jusqu'à lui et le faisait soupirer et renifler.
Une furieuse envie le poignit au coeur.
—Mâtin! comme ce serait bon!
Il tira son brûle-gueule de sa poche, se le planta dans le bec et s'approcha de l'adjudant.