Il avait du reste complètement perdu toute notion de temps et de lieu, si bien qu'il se crut sans doute arrivé chez lui et élut domicile dans la niche des chiens, une haute et large niche adossée à un angle de la cour.
Lorsque, vers les dix ou onze heures, le propriétaire rentra avec tout son monde et voulut conduire ses deux épagneuls à leur demeure, il la trouva donc occupée par Galmiche, qui ronflait à lui seul comme tous les tuyaux des grandes orgues de la cathédrale.
Comme, en même temps, on venait de constater que la porte de la cave était ouverte, il ne fut pas difficile à M. Majorel de deviner ce qui était advenu.
Lui aussi, il aimait à rire, M. Cyprien Majorel, et, au lieu d'envoyer quérir la police, et de crier: «A la garde!» il prit le collier qui était attaché à une chaîne fixée à la niche, le passa au cou de l'ivrogne et le ferma par un cadenas.
Ce n'est que le lendemain, dans l'après-midi, que Galmiche se réveilla et entreprit de quitter son logement improvisé, et tout d'abord de se débarrasser de son étrange faux col.
—Qu'est-ce que ça signifie donc? maugréait-il. Qu'est-il donc arrivé?
Comment, me voilà changé en chien! Je suis chien maintenant!
Et, tout en se débattant, la cervelle encore brouillée par les fumées de l'ivresse, il hurlait, jappait et aboyait.
Les habitants de la maison et tous les voisins d'accourir pour contempler le prisonnier, que M. Majorel ne tarda pas d'ailleurs à délivrer.
—Tâchez que la leçon vous profite!
—N'empêche qu'un peu plus je serais devenu enragé! grognait Galmiche en détalant, poursuivi par les rires et les moqueries de l'assistance.