A Pontsevrez.
Il y avait quinze jours que Félix-Séraphin Cabrillat était entré, en qualité de troisième élève, à la pharmacie Pichancourt, la plus importante de Chèvremont-en-Bresse, quand, un soir d'octobre, le timbre de la porte retentit, et une jeune fille, une mignonne petite blonde aux yeux bleus et aux joues roses, apparut tout essoufflée sur le seuil de l'officine. Cabrillat, qui était en train de découper des étiquettes, s'élança, comme c'était son devoir, à la rencontre de cette cliente. Mais le premier élève, Nestor Richefeu, qui, en principe, ne se dérangeait jamais, à moins qu'il ne s'agît, comme à présent, de quelque frais minois, avait déjà planté là le traité de chimie organique dans lequel il paraissait plongé, et s'inclinait le plus galamment du monde devant la jeune personne.
—Mademoiselle! Vous désirez, mademoiselle?
—Monsieur… Je viens… C'est pour mon père, monsieur… Il a pris froid… Il était parti dès le matin pour la chasse, et il est revenu avec une douleur à l'épaule…, une douleur très vive, qui le tient là, comme cela, dans le haut du dos, dans tout le bras… Il ne peut se remuer, et il souffre, il crie…
—Rhumatisme aigu, insinua Richefeu.
—Nous l'avons frictionné avec de l'alcool camphré…
—Pas mauvais… oui…, opina l'aspirant apothicaire.
—Mais cela n'a rien fait, monsieur, rien du tout. Alors j'ai couru chez le docteur Morel, notre médecin… Par malheur, il n'est pas chez lui. Et comme j'allais rentrer, j'ai pensé que… peut-être… vous pourriez me…, me donner quelque chose qui soulagerait mon pauvre papa.
—Certainement, mademoiselle! Rien de plus facile! Je vais vous préparer ce que le docteur Morel lui-même aurait ordonné. C'est tout comme si vous l'aviez vu… Une lotion infaillible, un baume souverain!
—Combien je vous remercie!