Une fillette au minois chiffonné, aux cheveux blonds en broussailles, lui présenta un bouquet de lilas, entouré de sa haute collerette de papier blanc, et qui attendait là, tout préparé, sur un comptoir.
—Pas celui-là, mademoiselle Ernestine, intervint Mme Guillaume. C'est celui de Mlle Der-ville… Le garçon va le porter… Excusez-moi, monsieur, ce bouquet est vendu…
La fillette alla chercher dans le fond du magasin un autre bouquet de même sorte et, pendant qu'elle s'occupait de l'habiller de papier blanc, Antoinette s'approcha de la caisse.
—N'envoyez rien à Mlle Dervillé… C'est moi-même, madame… Plus rien…, bégaya-t-elle. Nous prendrons ce bouquet avec l'autre…, pour sa tombe…
Deux ans plus tard, à la mort de M. Dervillé, Antoinette rentrait, pour n'en plus sortir, chez les oblates de la rue de Vaugirard.
FEU LAVIGNON
A Paul Dreyfus.
Ce soir-là, Philippe Lavignon, cocher du nº18,532 de la Métropolitaine, décida de ne pas rentrer chez lui. Trois heures durant il avait, verre en main, fêté la rencontre d'un «pays»; il se sentait légèrement ému, oh! très légèrement, une petite pistache de rien du tout; mais enfin il n'y avait pas presse d'affronter la colère de la bourgeoise, d'entendre Mme Séraphine Lavignon clabauder, piauler et piailler à n'en plus finir. Car elle n'était pas commode, Séraphine,—ou Proserpine, comme il l'avait surnommée;—pas endurante, ah! Dieu non! Jamais elle n'avait voulu le comprendre, lui, jamais! Toujours des reproches, des semonces, des jérémiades, des bousculades! Et son argent qu'elle lui chipait!
—Non, pas de scène ce soir! Je veux être tranquille…
Et ce soir-là, ni le lendemain, ni la nuit suivante, le cocher Lavignon ne réintégra le logis.