—Bin oui, c'est moi! Ça t'épate, hein? Pas tant de manières, va, monte donc, Francis! C'est ça!… reprit Lavignon. Nous y sommes! Hue, Cocotte!
Arrivé à destination, comme les trois hommes descendaient de la voiture et que Francis, encore tout ahuri, tout effaré et éberlué, fouillait dans sa poche, cherchant sa monnaie:
—Pas la peine, fiston! Tu vas payer un verre et puis ça fera la rue
Michel! Tiens, entrons là, ajouta Philippe; je connais le patron…
Et comme on achevait de trinquer devant le comptoir:
—Alors, tu… tu ne veux plus d'elle? hasarda Francis. Tu ne me la…la reprendras pas?
—Pourquoi faire? Tu es content comme tu es, n'est-ce pas, Francis? Moi itou. Eh bin, alors! A quoi bon changer, aller reprendre ma… ma succession? Non, ma vieille, restons comme ça!—Bien des choses à Proserp-i-i-i-ne! lança-t-il, après avoir rassemblé ses guides et en cinglant Cocotte.
* * * * *
LA RUE DES TROIS BELLES
A Eugène Pitou.
La petite ville de Popey-sur-Ornain ou Popey-en-Barrois, dont les maisons s'étagent sur les hauteurs et le flanc d'un coteau et se pressent au pied de ce monticule, dans une étroite vallée qu'arrose la maigre rivière d'Orne ou Ornain, se trouve tout naturellement divisée en deux parties, ville haute et ville basse. Cette dernière est de beaucoup la plus peuplée, la seule tant soit peu vivante, bruyante, commerçante. L'autre, avec son château aux pignons d'ardoise, sa grosse tour, ses vestiges de remparts, ses restants d'esplanade ou pâquis, aux ormes séculaires, ses larges voies bordées de vieux hôtels bourgeois à façades artistement ouvrées, agrémentées de gargouilles, de tympans et de mascarons, semble s'être endormie, il y a deux siècles, enveloppée dans son riche manteau de pierre comme dans un linceul.