«Je ne manque jamais de lire la Bible; hier je lus les psaumes 54 et 55, les chapitres 14 et 15 de saint Matthieu, et 3 et 4 de saint Jean. Ce matin, je n'ai pu rien lire, car nous avons été à la chasse du cerf[ [198].»
Voici, pour égayer quelque peu mon sujet, une plaisante anecdote contée par la princesse Palatine, dans une de ses lettres, si abondamment assaisonnées de gros sel, et qui rappellent à la fois Tallemant des Réaux, Gui Patin et Rabelais.
Le héros est le fils du chevalier de Lorraine, un écolier de douze ans, écolier terrible, faisant le désespoir des bons Pères, et qui, toute la nuit, se promenait dans le collège, au lieu de dormir dans sa chambre.
«Les Pères, écrit la princesse[ [199], le menacèrent, s'il n'y restait pas la nuit, de le fouetter d'importance. Le gamin s'en va chez un peintre et le prie de lui peindre deux saints sur les deux fesses, à savoir saint Ignace à droite, saint François-Xavier à gauche; ce que fait le peintre. L'autre remet bonnement ses hauts-de-chausse, s'en revient au collège, et commence cent méchantes affaires. Les Pères l'appréhendent au corps et disent:
«Pour cette fois-ci vous aurez le fouet.»
«Le gamin se débat et supplie; mais ils lui répondent que les supplications n'y feront rien. Alors l'écolier se jette à genoux et s'écrie:
«O saint Ignace! ô saint Xavier! ayez pitié de moi et faites quelque miracle en ma faveur pour montrer mon innocence!»
«Là-dessus, les Pères lui descendent la culotte, et, comme ils lui lèvent la chemise pour le fesser, le gamin dit:
«Je prie avec tant de ferveur que je suis sûr que mon invocation aura effet!»
«Quand les Pères aperçoivent les deux saints, ils s'écrient: