Chacun s'empressait à lui plaire,
Et chacun l'avait à son tour[ [306].
«Quand Mme de Boufflers chantait plus tard ce couplet, elle s'arrêtait au dernier vers et disait: J'ai oublié le reste. Un jour, elle se mit à marmotter cette chanson devant M. de Tressan lui-même, en disant: «Connaissez-vous l'auteur? Elle est si jolie que non seulement je lui pardonnerais, mais je crois que je l'embrasserais.» Tressan y fut pris comme le corbeau de la fable, et il dit: «Eh bien, c'est moi!» Elle lui appliqua deux bons soufflets[ [307].»
Il est très fréquemment question de la maréchale de Luxembourg dans les Confessions de Jean-Jacques, qui l'avait connue alors qu'elle était la duchesse de Boufflers, et à qui elle témoigna un vif intérêt.
Trois grandes dames du dix-huitième siècle, toutes trois grandes amies des galants plaisirs mais aussi des livres et des lettres, ont porté le nom de Boufflers[ [308].
«Il y eut trois femmes du nom de Boufflers fort célèbres et très à la mode dans le grand monde et dans le même temps, écrit Sainte-Beuve[ [309]: la duchesse de Boufflers... qui échangea plus tard son nom contre celui de maréchale-duchesse de Luxembourg. Ce fut la dernière figure tout à fait en vue de vieille femme et de grande dame imposante dans l'ancienne société...
«Il y avait encore la marquise de Boufflers, la digne mère du léger et spirituel chevalier, l'amie du bon roi Stanislas, et qui faisait les beaux jours de la petite Cour de Lunéville à l'époque où Mme du Châtelet et Voltaire y étaient invités. C'est à elle que le bon vieux roi disait un soir en la quittant et en lui baisant plusieurs fois la main, devant son chancelier, qui passait pour en être lui-même amoureux: «Mon chancelier vous dira le reste.» On citait de sa façon maint couplet, des impromptus de société, des épigrammes, et peu de personnes, nous dit La Harpe, ont mis dans ces sortes de bagatelles une tournure plus piquante. Mais... femme aimable et qu'on aime à rencontrer dans ce monde-là, elle n'a pas, dans l'histoire de la société d'alors, le degré d'importance des deux autres.
«La comtesse de Boufflers, qu'on a souvent confondue avec la précédente, et qui, sans qu'on veuille en rien faire tort à celle-ci, lui était, au dire de bons témoins, «supérieure en figure, en agréments, en esprit et en raison»; qui avait aussi, il faut en convenir, plus de prétentions qu'elle au bel esprit et à l'influence, a pour qualité distinctive d'avoir été l'amie du prince de Conti, celle de Hume l'historien, de Jean-Jacques, du roi de Suède Gustave III; elle est perpétuellement désignée dans la Correspondance de Mme du Deffand sous le nom de l'Idole: le prince de Conti ayant dans sa juridiction le Temple en qualité de grand-prieur, la dame favorite qui y venait, qui même y logeait et y avait son jardin et son hôtel attenant, s'appelait tout naturellement l'Idole du Temple ou, par abréviation, l'Idole.»
Voici, toujours empruntées à Sainte-Beuve, quelques anecdotes sur la comtesse de Boufflers:
«Un jour, oubliant qu'elle était la maîtresse du prince de Conti, il lui échappa de dire qu'elle méprisait une femme qui avait (c'était le mot d'alors) un prince du sang. Comme on lui faisait sentir l'inconséquence: «Je veux, dit-elle, rendre à la vertu par mes paroles ce que je lui ôte par mes actions.»