Madame Adélaïde (Marie-Adélaïde), que son père appelait familièrement Loque, apprit l'anglais, l'italien, les hautes mathématiques, etc. Au dire de Quentin-Bauchart, c'est la seule des trois qui «fut une véritable bibliophile[ [352]». Elle faisait relier ses livres en maroquin rouge.

Madame Victoire, surnommée de même Coche par Louis XV, faisait relier ses livres en maroquin vert.

Madame Sophie, Graille pour son père, les faisait relier en maroquin citron[ [353].

Tous ces volumes étaient timbrés aux armes de France dans un écu en losange[ [354] surmonté d'une couronne ducale.

Les trois sœurs étaient de grandes liseuses: «elles faisaient, dit le duc de Luynes, des entreprises de grande lecture, dont elles venaient à bout[ [355]

Les catalogues manuscrits des livres de «Mesdames» se trouvent actuellement à la Bibliothèque de l'Arsenal. Celui de la bibliothèque de Madame Adélaïde, daté de 1786, comprend 430 pages et 5286 articles; il forme un superbe in-folio, écrit en belle bâtarde et en ronde, et est orné d'un frontispice colorié, où Madame Adélaïde est représentée en Minerve, casque en tête, devant un bureau chargé de livres, de cartes et d'instruments de physique.

Notons que Madame Victoire contractait volontiers des emprunts dans les collections publiques et ne restituait pas toujours ce qui lui avait été prêté. «Nombre d'estampes demandées par elle en communication ne sont jamais rentrées», nous apprend un ancien conservateur de la Bibliothèque nationale, Henri Bouchot[ [356].

Une autre fille de Louis XV, la dernière, Madame LOUISE (Louise-Marie: 1737-1787), qui fut religieuse aux Carmélites de Saint-Denis, était encore plus passionnée que ses sœurs pour la lecture. A une certaine époque, «Mme Campan la lui faisait cinq heures par jour; et comme ce n'était pas sans fatigue, la princesse lui préparait elle-même de l'eau sucrée, et s'excusait de la faire lire si longtemps, sur la nécessité d'achever un cours de lecture qu'elle s'était prescrit»[ [357].

C'est Madame Louise, qui, durant ses derniers moments, redevenue princesse dans son délire sans cesser d'être nonne, et croyant toujours commander à son cocher ou à son écuyer, lui intimait cet ordre, de sa voix défaillante: «Au paradis, vite, vite! au grand galop!»[ [358].

La MARQUISE DE LAMETH, Marie-Thérèse de Broglie (1732-1819)[ [359].