Chateaubriand raconte qu’on lisait, durant la Révolution, sur la loge du concierge de Ginguené, rue de Grenelle-Saint-Germain, cette inscription: «Ici on s’honore du titre de citoyen, et on se tutoie. Ferme la porte, s’il vous plaît.» (Ibid., t. II, p. 238.)

Ailleurs (t. V, p. 606), une note nous apprend que la mort du conseiller d’État Persil (1785-1870), ancien pair de France, fut annoncée en ces termes par le journal La Mode: «M. Persil est mort pour avoir mangé du perroquet».

On demande souvent quel est l’auteur de la locution tuer le mandarin; on l’a attribuée, entre autres, à Jean-Jacques Rousseau: c’est l’opinion de Balzac (Le Père Goriot, p. 150; Librairie nouvelle, 1859), du Grand Dictionnaire Larousse, etc. On la trouve, ainsi formulée, dans Le Génie du christianisme (livre VI, chap. 2, Du remords et de la conscience, t. I, p. 155; Didot, 1865): «O conscience! ne serais-tu qu’un fantôme de l’imagination, ou la peur des châtiments des hommes? Je m’interroge; je me fais cette question: Si tu pouvais, par un seul désir, tuer un homme à la Chine et hériter de sa fortune en Europe, avec la conviction surnaturelle qu’on n’en saurait jamais rien, consentirais-tu à former ce désir?» Etc.

Il ne messied pas de ranger au nombre des bévues et drôleries littéraires certaines outrecuidantes déclarations de Chateaubriand, dont, selon le mot de Sainte-Beuve (Causeries du lundi, t. I, p. 434), «la vanité persistante et amère, à la longue devient presque un tic».

«Mes écrits de moins dans mon siècle, proclame-t-il dans ses Mémoires d’outre-tombe (t. II, p. 179; édit. Biré), y aurait-il eu quelque chose de changé aux événements et à l’esprit de ce siècle?»[24].

«Ce que le monde aurait pu devenir... (sans moi) se présentait à mon esprit.» (Ouvrage cité, t. VI, p. 226.)

«Si Napoléon en avait fini avec les rois, il n’en avait pas fini avec moi.» (Ibid., t. III, p. 3.)

«La paix que Napoléon n’avait pas conclue avec les rois, ses geôliers, il l’avait faite avec moi.» (Ibid., t. IV, p. 115.)

«C’est au moment dont je parle que j’arrivai au plus haut point de mon importance politique. Par la guerre d’Espagne, j’avais dominé l’Europe... après ma chute, je devins à l’intérieur le dominateur avoué de l’opinion...» (Ibid., t. IV, p. 342.)

«Je suis saisi du désir de me vanter: les grands hommes qui pullulent à cette heure démontrent qu’il y a duperie à ne pas proclamer soi-même son immortalité.» (Ibid., t. IV, p. 207)[25].