le poète et professeur Andrieux, dans une de ses leçons au Collège de France, faisait un jour observer à son auditoire que les romantiques n’avaient pas inventé «le vers haché et la coupe originale», les «rejets» audacieux, témoin, disait-il, ce vieux distique:

Enfin dans le palais nous arrivâmes, car

La porte était ouverte et nous passâmes par.

(Cf. Mary-Lafon, Cinquante ans de vie littéraire, p. 40.)

Nous avons rencontré d’ailleurs, chez Corneille et chez Racine, des rejets ou enjambements non moins hardis.

Lors de la première représentation d’Hernani, au moment où Hernani apprend de Ruy Gomez que celui-ci a confié sa fille au roi don Carlos, il s’écrie (acte III, sc. 7):

... Vieillard stupide, il l’aime!

«M. Parseval de Grandmaison, qui avait l’oreille un peu dure, entendit: «Vieil as de pique, il l’aime!», et, dans sa naïve indignation, il ne put retenir un cri: «Ah! pour cette fois, dit-il, c’est trop fort! — Qu’est-ce qui est trop fort, monsieur? demanda Lassailly, qui était à sa gauche, et qui avait bien entendu ce qu’avait dit M. Parseval de Grandmaison, mais non ce qu’avait dit Firmin (l’acteur). — Je dis, monsieur, reprit l’académicien, je dis qu’il est trop fort d’appeler un vieillard respectable comme l’est Ruy Gomez de Silva, vieil as de pique! — Comment! c’est trop fort? — Oui, vous direz tout ce que vous voudrez, ce n’est pas bien, surtout de la part d’un jeune homme comme Hernani. — Monsieur, répondit Lassailly, il en a le droit, les cartes étaient inventées. Les cartes ont été inventées sous Charles VI, monsieur l’académicien... Bravo pour le vieil as de pique! bravo, Firmin! bravo, Hugo!» (Alexandre Dumas, Mémoires, t. VI, p. 17.)

Et cette fin du monologue de don Carlos (Hernani, IV, 5) devant le tombeau de Charlemagne:

Je t’ai crié: Par où faut-il que je commence?