«Le génie de notre langue est la clarté et l’ordre», a, de son côté, proclamé Voltaire. (Dictionnaire philosophique, art. Langues; et cf. Paul Stapfer, Récréations grammaticales, p. 85.)

Et Victor Hugo (Odes et Ballades, Préface de 1826, p. 23; Hachette, 1859) a formulé cette sentence lapidaire: «Le style est comme le cristal; sa pureté fait son éclat».

Diderot (Salons, J.-J. Bachelier; dans Larousse, art. Charité romaine) pensait sans doute à nos futurs décadents et symbolistes, lorsqu’il émettait cet aphorisme: «Le goût de l’extraordinaire est le caractère de la médiocrité».

Voilà des principes émanant de grands maîtres, de maîtres incontestés, principes qui ne ressemblent guère à la théorie professée par Baudelaire (Notice sur Edgar Poe, Histoires extraordinaires, p. 11) que «l’étrangeté est une des parties intégrantes du beau».

Longtemps auparavant, Lucien de Samosate (Œuvres complètes, trad. Talbot, t. I, p. 8: A un homme qui lui avait dit...), philosophe et critique qui ne manquait pas de goût, et que l’on considère comme un ancêtre de Voltaire, nous a prévenus qu’«une œuvre n’en est que plus laide, quand elle n’a pour tout mérite que son étrangeté».

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A propos des bizarreries de style, des fréquentes charades et énigmes d’un des chefs de l’École dite «décadente», de Stéphane Mallarmé (1842-1898), M. Adolphe Brisson conte, dans une de ses chroniques (Cf. La République française, 13 septembre 1898), l’anecdote suivante:

«J’ai connu un amateur de Copenhague, qui, se trouvant de passage à Paris, rendit visite à Stéphane Mallarmé, et fut ravi par la douceur et l’exquise politesse de ses paroles. L’entrevue se termina tout naturellement par le don de quelques vers, humblement sollicités et accordés avec bonne grâce. Le poète daigna transcrire, sur l’album que lui tendait le riche Danois, le sonnet suivant:

Dame, sans trop d’ardeur à la fois enflammant

La rose qui cruelle ou déchirée, et lasse