Dans sa comédie Autour d’un berceau (Théâtre, Comédies en un acte, p. 323), Ernest Legouvé met dans la bouche d’un de ses personnages le petit poème si connu, Le Vase brisé, de Sully Prudhomme (Poésies, t. I, p. 11; Lemerre, 1882), et il ne manque pas de le dénaturer et le massacrer.

Son eau fraîche a fui goutte à goutte,

dit Sully Prudhomme.

Son eau pure, — dit Legouvé.

Souvent aussi la main qu’on aime

Effleurant le cœur le meurtrit.

(Sully Prudhomme.)

Ainsi parfois la main qu’on aime.

(Legouvé.)

Ce qui est impardonnable pour un membre de l’Académie française, il confond, en prosodie française, le mot pied avec le mot syllabe: un pied, pour lui, c’est une syllabe: un alexandrin de douze pieds (Cf. La Lecture en action, p. 258), tandis qu’il n’avait qu’à consulter Littré, et il aurait lu (art. Pied, 26o): «Un pied, deux syllabes; ainsi notre alexandrin, qui a douze syllabes, est un vers de six pieds».