La langue fourcha de même, un soir, à une actrice du Théâtre-Français, qui, au lieu de dire: «Ma suivante Lisette», prononça: «Ma suivette Lisante.» (L’Opinion, 19 août 1885.)
L’acteur Febvre, malgré son talent, raconte encore le journal L’Opinion (même date), commit plusieurs de ces pataquès. Au lieu de: «Je vous bénis et je vous vénère», — «je vous vernis et je vous bénère», articula-t-il un soir, sans que, paraît-il, aucun spectateur y prît garde. Ailleurs, au lieu de cette phrase: «J’ai toujours été malheureux: ma mère est morte en me mettant au monde; mon père, un vieux soldat...», il s’écria, avec du reste une profonde expression de mélancolie: «J’ai toujours été malheureux; mon père est mort en me mettant au monde; ma mère, un vieux soldat...»
«D’honneur, mon cher bal, votre comte est superbe!» déclara un soir un acteur qui voulait dire: «Mon cher comte, votre bal est superbe.» (Paul De Kock, Le Petit Isidore, p. 27; Rouff, s. d., in-4.)
Justin Bellanger (1833-1917), qui fut acteur, avant d’être poète et bibliothécaire de la ville de Provins, raconte, dans ses «Souvenirs de jeunesse» (La Vie de théâtre, p. 48-49; Lemerre, 1905) que, jouant le rôle de Francesco dans Gaspardo le Pêcheur de Bouchardy, et ayant lu la lettre dont la première phrase est ainsi conçue: «Je n’étais pas ton père, Francesco!», au lieu de s’écrier ensuite: «Oh! je n’étais pas son fils!» articula un soir avec conviction ces burlesques paroles: «Oh! je n’étais pas son père!» qui provoquèrent un fou rire dans toute la salle.
Et cet autre, ce «grand comédien» s’écriant, au milieu d’une scène fort pathétique et avec la plus superbe conviction: «Un mou de veau, et je suis sauvé!» (Pour: un mot de vous). (A. de Chambure, A travers la presse, p. 489; Ferth, 1914.)
Nous avons vu, dans le chapitre consacré à Victor Hugo (p. 117), qu’à la première représentation d’Hernani le cri d’Hernani à l’adresse de Ruy Gomez: «Vieillard stupide» avait été entendu Vieil as de pique par certains spectateurs.
Voici d’autres confusions du même genre:
Dans la tragédie d’Azémire, de Marie-Joseph Chénier, conte Henri Welschinger (Les Almanachs de la Révolution, p. 144; Jouaust, 1884), comme un des personnages s’écrie: «Que dira ton vieux père?» les beaux esprits de la cour entendirent ou feignirent d’entendre: «Que dira Dieu le Père?» D’où mille pasquinades qui contribuèrent à la chute de la pièce.
Au dernier acte des Funérailles de l’honneur d’Auguste Vacquerie, l’acteur Rouvière ayant à dire: «Je ne suis pas venu ici comme vous, madame, incognito», la moitié de la salle entendit: en coquelicot! Et il paraît que de passionnés romantiques jugèrent cela «très fort, — un trait de génie». (Le Rappel, 4 décembre 1874.)
Un acteur, nommé Paul Laba, à sa sortie du Conservatoire, débuta dans le rôle de Damis, de Tartuffe, et obtint un succès de fou rire, grâce à la manière dont il disait les deux vers: