On sait quelles difficultés présente souvent «l’art des transitions». Chamfort en cite une, de transition, celle-ci, aussi brusque que plaisante, qu’il croit pouvoir attribuer à Scarron: «Des aventures de ce jeune prince à l’histoire de ma vieille gouvernante il n’y a pas loin: car nous y voilà». (Dans La Fontaine, Œuvres, t. III, p. 252, note 23; édit. des Grands Écrivains.)

L’anachronisme est un des procédés les plus fréquemment employés par les écrivains burlesques et notamment par Scarron, dans son Virgile travesti, pour dérider le lecteur. En maint endroit, il tire de l’anachronisme des effets amusants par leur imprévu et leur extravagance, comme, par exemple, quand Didon, voyant Énée sortir d’un nuage, fait, de saisissement, le signe de la croix; quand elle commence par dire son Benedicite en se mettant à table; quand Pygmalion tue, d’un coup d’arquebuse à rouet, Sichée, en train de réciter son bréviaire; Mézence, contemptor divum, ne va jamais à confesse, etc. (Cf. Scarron, Virgile travesti, p. XXXVI et passim, édit. Victor Fournel.)

Les Contes de Charles Perrault (1628-1703), que nous citions il y a un instant, ont été longtemps et sont encore volontiers donnés en lecture à la jeunesse, et cependant il est de ces contes qui sont des plus scabreux, Peau d’Ane, par exemple, où il est question d’un inceste, d’un père amoureux de sa fille:

Votre père, il est vrai, voudrait vous épouser...

Dites-lui qu’il faut qu’il vous donne,

Pour rendre vos désirs contents,

Avant qu’à son amour votre cœur s’abandonne,

Une robe qui soit, etc.

Notez que Peau d’Ane, malgré cette scandaleuse passion qui forme le fond du récit, a joui de la plus grande vogue dans les familles, durant tout le règne de Louis XIV particulièrement. La petite Louison du Malade imaginaire (II, 11) nous le montre: «Mon papa, je vous dirai si vous voulez, pour vous désennuyer, le conte de Peau d’Ane

Et ce début du Petit Poucet, le trouvez-vous très édifiant? «Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui avaient sept enfants, tous garçons; l’aîné n’avait que dix ans, et le plus jeune n’en avait que sept. On s’étonnera que le bûcheron ait eu tant d’enfants en si peu de temps; mais c’est que sa femme allait vite en besogne, et n’en faisait pas moins de deux à la fois.»