J’ai banni du français les dit-il, les dit-elle.»
Marmontel ne se doutait guère de quels expédients s’aviseraient ses successeurs, et par quoi seraient remplacés ces dit-il et dit-elle. Au lieu d’écrire: «Il dit en bâillant» ou «Elle s’écria en rougissant» ou «Je te maudis! cria-t-il en s’élançant», certains romanciers usent volontiers des abréviations suivantes: «Ah! bâilla-t-il.» «Oh! rougit-elle...» «Je te maudis! s’élança-t-il.» Etc. On peut affirmer que tous les verbes de la langue française y passent ou y ont passé.
«Que faites-vous ici, monsieur? brusqua Nicole.» (Alexandre Dumas, Joseph Balsamo, chap. 74.)
«Ah ça! le vieux, pouilla-t-il, réjouissons-nous.» (Léon Cladel, Les Va-nu-pieds, p. 115, Les Auryentys; Lemerre, 1884.) (Pouiller, dire des pouilles, des injures.)
«Hé! rauqua-t-il, pépère Lenfumé, du fort et du meilleur!» (Id., ibid., p. 205, Un Noctambule.)
Un conteur en prose et en vers, qui ne manquait pas de talent, Auguste Saulière (1845-1887), l’auteur des Leçons conjugales, des Histoires conjugales, etc., a particulièrement, dans ce cas, varié ses formules. En voici des exemples empruntés à son roman Les Guerres de la Paroisse (Lemerre, 1880):
«Bandit? Je n’ai encore volé ni tué personne, se redressa le petit musicien avec dignité.» (Page 176.)
«Toi, va te promener avec ton pistolet! se renfrogna le père.» (Page 211.)
«J’appartiens à la famille, moi! se campa le petit sacripant.» (Page 211.)
«Tiens, papa, se retourna Lexandrou...» (Page 211.)