«Jean pleurait ou trépignait des pieds.» (Ibid., p. 12.)
«Dès qu’on est deux, je forme un quadrille.» (Ibid., p. 14.)
«Remettez-vous, monsieur, dit le notaire à Adolphe en souriant de son étonnement. Onze cent mille francs, c’est une jolie fortune, sans doute, mais enfin vous ne serez pas encore millionnaire.» (Monsieur Dupont, chap. 29, p. 60; Rouff, s. d., in-4.) Que lui faut-il donc, à ce tabellion, pour faire un millionnaire?
«Elle portait dans son sein un nouveau gage de l’amour de son époux.» (Paul de Kock, L’Homme aux trois culottes, chap. 14, p. 44; Rouff, s. d., in-4.) «Elle porte dans son sein un gage de sa faiblesse.» (Id., Sanscravate, chap. 30, p. 79; Charlieu, s. d., in-4.) Nous avons déjà vu (p. 69 et 173) des exemples de cette très fréquente périphrase.
Ne quittons pas Paul de Kock sans rapporter cette plaisante anecdote contée par les Goncourt, dans leur Journal (année 1865, t. II, p. 312): «Le maire d’ici (de Bar-sur-Seine?) est lié avec Paul de Kock, lui envoie du cochon et du boudin, et a reçu en échange son portrait. Sa femme, un jour de Fête-Dieu, pour orner son reposoir, avait donné tout ce que le ménage avait d’artistique, et le portrait de Paul de Kock était exposé à la vénération des fidèles, au beau milieu du reposoir.»
Dans La Croix de Berny (lettre II, p. 17; Librairie nouvelle, 1859), l’un des auteurs, le poète et romancier Joseph Méry (1798-1866), sous le pseudonyme de Roger de Monbert, donne «des épaulettes à ces trois illustres généraux, César, Alexandre et Annibal».
Le romancier genevois Rodolphe Topffer (1799-1846) fait un usage fréquent — ce qui se comprend de reste — de certains idiotismes suisses qui déconcertent et détonnent en français. Non seulement il emploie, comme son compatriote Jean-Jacques Rousseau, la mauvaise locution causer à quelqu’un pour causer avec quelqu’un: «Pendant qu’il me causait... J’aime que vous me causiez...» (Le Presbytère, p. 8 et 52; Hachette, 1907), mais il crée des mots comme empléter (acheter, faire des emplettes: peut-être usité en Suisse): «J’ai fait une course à Genève pour empléter des articles» (Le Presbytère, p. 449); ou bien, ce qui est plus grave, ce qui trouble la clarté de la phrase et risque de la rendre incompréhensible, il change l’acception des termes, ou, plus exactement sans doute, il les emploie avec l’acception qu’ils ont à Genève. Notre vieux mot idoine, qui veut dire apte ou propre à quelque chose (idoneus), a, chez Topffer, le sens d’inepte, d’idiot: «... Son idoine de mari, qui a plus soif que faim...» (Ibid., p. 149.) Gabegie, terme populaire signifiant fraude, supercherie (Cf. Littré), devient chez lui le synonyme de tracas, de souci: «Qu’auras-tu avancé là en te leurrant de pronostics, de lourdeurs et de gabegies?» (Ibid., p. 395.)
N’avons-nous pas lu jadis à Reims (vers 1895), sur des devantures de restaurateurs et de marchands de vin, le mot asperges, «asperges tous les jours», signifiant, selon les uns, «tripes à la mode de Caen», selon d’autres, «tripes à la sauce blanche»?