«Nous craignons de fatiguer le lecteur du récit des mille infortunes de notre héros... Tout l’ennui de cette vie sans intérêt que menait Julien est sans doute partagé par le lecteur...» (Le Rouge et le Noir, p. 187 et 409; M. Lévy, 1862.)
On voit combien Stendhal appréhendait l’effet qu’il pouvait et devait produire sur son public.
Henri de Latouche (1785-1851), l’éditeur d’André Chénier, l’ermite de la Vallée aux loups, écrit, dans son roman Fragoletta (p. 119; M. Lévy, 1867), cette phrase, qui se ressent un peu trop de l’influence romantique: «On eût dit cette espèce de couleur meurtrie,... ces teintes livides partant en étoile de la lame d’un poignard quand il a été laissé trois jours dans les flancs d’un cadavre.»
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Paul de Kock (1794-1871), dont le nom a jadis été si populaire, nous montre, dans son roman Le Petit Isidore (p. 96; Rouff, s. d., in-4) une vieille moustache qui s’essuye les yeux: «La vieille moustache lit, en s’arrêtant quelquefois pour s’essuyer les yeux...» Vous devinez que ladite moustache appartient à un brave troupier, un vieux grognard. Louis Reybaud, dans son Jérôme Paturot à la recherche de la meilleure des républiques (chap. 35, p. 350; M. Lévy, 1862), a fait usage de la même métaphore ou synecdoque: «Pour supporter d’un œil sec un tableau pareil, il faut être de la trempe des vieilles moustaches qui firent, avec l’Empereur, le tour de l’Europe, et laissèrent sur les bords de la Bérésina un nez ou un orteil.» Et Balzac (Melmoth réconcilié, dans le volume La Recherche de l’absolu, p. 263; Librairie nouvelle, 1858): «Une vieille moustache comme moi, s’enjuponner, s’acoquiner à une femme!»
«La jeune fille détourna la tête pour cacher des larmes qui tombaient de ses yeux», écrit Paul de Kock, dans Un jeune homme charmant (p. 12; Rouff, s. d.; in-4). En effet, c’est d’ordinaire des yeux que tombent les larmes.
«Le mélèze aux larges feuilles», dit-il encore dans le même roman (p. 10). Or, les feuilles du mélèze, du «pin mélèze», ne sont que des «aiguilles»: «Mélèze, feuilles étroites et très allongées» (Gaston Bonnier, Les Noms des fleurs, p. 268, art. 1056).
Ailleurs, dans une nouvelle intitulée Les Plaisirs de la pêche (Paul de Kock, Nouvelles, p. 45; Rouff, s. d., in-4), il nous dit que «M. Bertrand, grand amateur de pêche, passait le temps de sa récréation, soit à guetter le poisson, soit à chercher dans la terre de l’asticot». Non, ce n’était pas dans la terre que M. Bertrand cherchait «de l’asticot»; dans la terre, il savait bien ne trouver que des vers gris ou rouges; les asticots, il se les procurait autrement.
Dans L’Amour qui passe et l’Amour qui vient (p. 14; Rouff, s. d., in-4), Paul de Kock nous dépeint un vieux garçon pratiquant les amours ancillaires, et à qui de jeunes marmitons, ses voisins, font concurrence, et il emploie cette amusante locution: «Pourquoi ne pas fuir cette maison peuplée de marmitons qui lui coupent les bonnes sous le pied?»
«Mme Durand soupire en disant: «C’est bien heureux!» Et ses jeunes voisins en poussent aussi [sans doute des soupirs], mais sans rien dire.» (Jean, p. 10; Rouff, s. d., in-4.)