Dans La Muse du Département (p. 154-155; Librairie nouvelle, 1857), Balzac met en scène une soubrette qui, à l’aide d’un mouchoir, bande solidement les yeux à l’un des personnages, de façon qu’il ne puisse voir où elle va le conduire, et lui fait ensuite cette étrange recommandation: «Veillez bien sur vous-même! Ne perdez pas de vue un seul de mes signes!»

Inadvertance à peu près comparable à celle que nous offre John Lemoinne, dans le Journal des Débats (cité par Le National, 2 novembre 1884): «Le roi de Hanovre aveugle et souffrant de voir son royaume incorporé dans la Prusse», voir avec les yeux de l’esprit, il est vrai; — et à celle aussi que nous rencontrons chez Émile Pouvillon (Pécaïre, dans le volume Les Petites Ames, p. 172 et 180), où «Ginibre, un honnête aveugle,... envoie un regard mélancolique à une bouteille vide».

Au lieu d’un aveugle qui voit clair, c’est quelquefois un muet qui prend la parole: «M. le grand rabbin de France Isidor, qu’une récente attaque de paralysie condamne au mutisme, a voulu, en cette occasion, mêler sa voix aux prières adressées à Dieu à l’intention de Mosès Montefiore.» (Cité par Le National, 2 novembre 1884.)

La dédicace de la courte étude de Balzac intitulée La Bourse débute ainsi: «N’avez-vous pas remarqué, mademoiselle, qu’en mettant deux figures en adoration aux côtés d’une belle sainte, les peintres ou les sculpteurs du moyen âge n’ont jamais manqué de leur imprimer une ressemblance filiale?» Comme les figures ainsi placées aux côtés des saints et des saintes, ces figures de «donateurs», sont d’ordinaire celles d’un père et de ses fils, d’une mère et de ses filles, cette ressemblance est toute naturelle et de rigueur en quelque sorte, et les artistes ne pouvaient manquer de l’exprimer.

Dans Le Cousin Pons (p. 37-38; Librairie nouvelle, 1856), Balzac parle d’un admirable éventail, «divin chef-d’œuvre que Louis XV a bien certainement commandé pour Mme de Pompadour... Watteau s’est exterminé à composer cela!» ajoute-t-il par la bouche du vieux Pons. Or, Watteau est mort en 1721, l’année même où la belle marquise venait au monde.

«Un rossignol vint se poser sur l’appui de la fenêtre», prétend Balzac dans La Peau de chagrin (p. 255; Librairie nouvelle, 1857). Un rossignol qui se pose sur une fenêtre, — cela ne se voit pas tous les jours ni même toutes les nuits de mai.

«Quel plaisir d’arriver couvert de neige dans une chambre éclairée par des parfums!» lit-on dans le même roman (p. 110).

Et dans la Physiologie du mariage (p. 301; Librairie nouvelle, 1876): «Nous sommes amoureux à vingt ans... et nous cessons de l’être à cinquante. Pendant ces vingt années...»

Dans les Petites Misères de la vie conjugale (p. 135; Librairie nouvelle, 1862), une amusante phrase que je me borne à indiquer: «Le diable aime surtout à mettre sa queue...»

Alphonse Karr, qui était très ferré sur l’horticulture, qui a même exercé la profession de jardinier-fleuriste à Nice et à Saint-Raphaël, a plus d’une fois relevé, dans ses Guêpes, les erreurs commises par les romanciers, ses confrères, dans leurs descriptions des fleurs. Ainsi il reproche à Balzac ses «azalées qui grimpent et tapissent les maisons» (Ibid., août 1843, t. V, p. 6 et 10); — à Jules Janin son «œillet bleu» (Ibid., janvier 1844, t. V, p. 86); — à George Sand ses «chrysanthèmes bleus» (Ibid.); — etc.