Les Contes drolatiques passent, et peut-être avec raison, pour le chef-d’œuvre purement littéraire de Balzac; c’était l’avis de Barbey d’Aurevilly (Cf. Romanciers d’hier et d’avant-hier, p. 15 et 37), et l’opinion de Balzac lui-même: malgré l’insuccès complet de ces Contes lors de leur apparition, «il croyait qu’à défaut de ses autres œuvres, ils suffiraient pour le sauver de l’oubli» (Mme Surville, Balzac, p. 145). Or, si habile et si savant que soit le style archaïque de ces Contes, il est des endroits qui trahissent l’époque moderne, celui-ci, par exemple: «Ce grand et noble curé n’estoit pas fort que de là» (Premier dixain, Le Curé d’Azay, p. 279; Librairie nouvelle, 1859). Ne pas que, dans le sens actuel, — «n’était pas fort seulement que de là», — est une locution illogique, fautive et moderne: elle n’apparaît, dans notre langue, que vers la fin du dix-huitième siècle: voir ci-dessus, Préambule, p. 14-15, [note]; et Littré, article Que, Remarque 1.: «Ne pas que ou ne point que, anciennement, équivalait à ne... que, le mot pas ou point étant explétif.

Et ne l’auront point vue obéir qu’à son prince

(Corneille, Horace, III, 6)

signifie: Et ne l’auront vue obéir qu’à son prince, et non: Et ne l’auront point vue obéir seulement à son prince.»

Une particularité qui a droit de surprendre les lecteurs de La Comédie humaine, particularité étonnante chez un écrivain qui s’est tant occupé d’affaires litigieuses et de questions judiciaires, c’est que Balzac, bien qu’il eût débuté par être clerc d’avoué, n’avait, en 1845, à l’âge de quarante-six ans, jamais entendu plaider, jamais, donc, serait-on en droit d’inférer, assisté à une séance de tribunal: «Je n’avais jamais entendu plaider, et je suis resté pour entendre Crémieux, qui a fort bien parlé.» (Lettre à Mme Hanska, 14 décembre 1845; Correspondance, t. II, p. 188.) Et cependant nous lisons, dans une Notice sur la fondation et le but de la Société des gens de lettres (p. 2; Paris, imprimerie Charles Blot, s. d. ni nom d’édit.), que «le premier procès mémorable (engagé par la Société des gens de lettres contre les journaux ayant illicitement reproduit des feuilletons) fut plaidé à Rouen par Honoré de Balzac. Le grand romancier s’improvisa l’avocat de ses confrères... Et cela par une délégation, que lui avait donnée le Comité, du 11 octobre 1839. M. Honoré de Balzac obtint gain de cause...»

Signalons, en passant, l’abus excessif que fait Balzac de la conjonction car; nous la voyons répétée souvent trois ou quatre fois dans la même page (Cf. Ursule Mirouet, Librairie nouvelle, 1857, passim et notamment p. 15, 16, 19... 166, 217, etc.; — L’Envers de l’histoire contemporaine, Librairie nouvelle, 1860, passim, principalement p. 161, 163, 171... 203, 221; — etc.); — et aussi une formule, précaution oratoire, très fréquente chez Balzac, et dont la tournure seule varie, souvent même fort peu: «Maintenant, il est nécessaire d’expliquer... Ici peut-être est-il nécessaire de faire observer... Ces menus détails sont indispensables pour comprendre... Avant d’aller plus loin, il est utile de raconter... Peut-être n’est-il pas superflu d’ajouter...», etc. (Cf. La Cousine Bette, Librairie nouvelle, 1856, p. 32, 33, 67, 106, 126, etc.; — Ursule Mirouet, Librairie nouvelle, 1857, p. 22, 72, 87, etc.; — Les Paysans, Librairie nouvelle, 1857, p. 51, 93, 97, etc.; — Les Chouans, Librairie nouvelle, 1859, p. 6, 15, 179, 194, 349, etc.)

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Philarète Chasles (1799-1873), dans ses très curieux Souvenirs d’un médecin (traduits de Samuel Warren; Librairie nouvelle, 1855, p. 51), nous montre des gens rassemblés le soir au coin du feu, vidant leur tasse de thé «sans mot dire, et se retirant après une heure de cet innocent entretien».

«Ce sabre est le plus beau jour de ma vie!»

Cette solennelle et célèbre déclaration de Joseph Prudhomme a son pendant dans une autre phrase que l’historien de Joseph Prudhomme, Henri Monnier (1799-1877), attribue à un maire de village, nouvellement élu: