«En moins de dix minutes, le renard avait étranglé dix-sept poules et deux coqs. Dix-neuf fois homicide!» (Tome III, p. 72.)
«Ernest s’empressa de nous apporter la cire tout allumée (pour cacheter des lettres)... Je pris la cire d’une façon si gauche, je l’allumai d’une manière si naïve...» qu’il oublie qu’Ernest vient, à l’instant même, de la lui apporter tout allumée. (Tome III, p. 207.) A moins que la cire ne se soit éteinte, et qu’il ait fallu la rallumer.
«... Cette fatalité qui pousse les hommes vers le lieu où il est écrit d’avance qu’ils doivent mourir.» Fatalité bien singulière. (Tome IV, p. 192.)
Dans le tome VII (p. 272), Alexandre Dumas cite la phrase suivante empruntée à une description de la bataille d’Austerlitz, dont il ne nomme pas l’auteur: «Vingt-cinq mille Russes étaient rangés en bataille sur un vaste étang gelé; Napoléon ordonna que le feu fût dirigé contre cet étang. Les boulets brisèrent la glace, et les vingt-cinq mille Russes mordirent la poussière.»
Tome X, p. 112, il attribue à Chateaubriand cette étrange phrase: «J’ai marché sans le vouloir, comme un rocher que le torrent roule; et maintenant voilà que je me trouve plus près de vous que vous de moi.»
Il raconte (t. VIII, p. 8) qu’un aéronaute de ses amis, du nom de Petin, s’imaginait avoir résolu, de la façon suivante, le grand problème de la navigation aérienne: «Petin raisonnait ainsi: La terre tourne; dans ce mouvement de rotation sur elle-même, elle présente successivement tous les points de sa surface déserte ou habitée. Or, quelqu’un qui s’élèverait jusqu’aux dernières couches de l’air ambiant, et qui trouverait le moyen de s’y fixer, descendrait en ballon sur la ville du globe où il lui plairait de toucher terre; il n’aurait qu’à attendre que cette ville passât sous ses pieds; il irait de la sorte aux antipodes en douze heures, et, cela, sans fatigue aucune, puisqu’il ne bougerait pas de sa place, et que ce serait la terre qui marcherait pour lui.» Ce brave Petin oubliait que la terre, dans son mouvement de rotation, l’entraînerait forcément avec elle, et que, si haut qu’il s’élevât, il lui serait impossible d’échapper à ce mouvement et de demeurer immobile.
Dans un autre ouvrage publié par Alexandre Dumas, et qui porte son nom, «Impressions de voyage, De Paris à Sébastopol, par le docteur Félix Maynard, publié par Alexandre Dumas» (Librairie nouvelle, 1855), on trouve, dans l’Avant-propos (p. 3), la plus singulière, la plus abracadabrante théorie de la télégraphie électrique qu’il soit possible d’imaginer. L’auteur se figure que, pour transmettre une dépêche télégraphique, on commence par la faire dissoudre dans le liquide de la pile... «Une batterie électrique (?) est établie là-bas auprès des batteries de siège. Nos généraux font dissoudre leurs dépêches dans le liquide de cette pile, puis des fils métalliques s’imprègnent de ce liquide, charrient les pensées et les mots qu’il contient à travers les profondeurs de la mer Noire et les plaines du continent...»
Avec Ponson du Terrail, dont nous parlerons bientôt, Alexandre Dumas père est un des romanciers qui ont le plus délayé le dialogue et tiré à la ligne. Un de leurs trucs habituels, à tous deux, est de faire répéter, par un ou plusieurs des interlocuteurs, la question posée. Exemples:
«... J’étais bien sûr que vous ne vouliez pas la guerre par les mêmes motifs que moi!
— Alors, voyons les vôtres!