Dans le même roman (p. 244), les deux écrivains inventent le verbe rasseyer, rasseoir ne leur suffisant pas: «Il fallait que mademoiselle la rasseyât de force», — et (p. 85) ils écrivent des affutiots, qui n’existe pas en français: «... avec des affutiots comme elles s’en mettent», au lieu d’affûtiaux (bagatelle, brimborion, affiquet).

«Ce qui lui manquait et lui faisait défaut, c’était une absence d’aliment à des appétits nouveaux...» (Madame Gervaisais, p. 216.)

Dans Idées et Sensations (p. 155), les Goncourt nous font entendre des rossignols en hiver: «Au mois de décembre... j’aime à entendre la lisière toute gazouillante et rossignolante du sautillant bonsoir des oiseaux au soleil.» Les rossignols, aussi bien d’ailleurs que les autres oiseaux, ne chantent guère en hiver, d’autant que la plupart des oiseaux chanteurs sont migrateurs et nous ont quittés: «Le rossignol arrive chez nous vers la fin de mars... et émigre dans les premiers jours d’août» (Larive et Fleury, Dictionnaire des mots et des choses)[47].

Et dans Les Frères Zemganno (p. 11), nous assistons à ce phénomène: un hérisson, qui, au lieu de se rouler bien vite sur lui-même et se mettre en boule, se débat contre son ravisseur: «... Le jeune homme, portant enfermé dans sa vareuse un animal qui se débattait... Le hérisson vivant...»

Autres phénomènes: une femme croque des noisettes avec des dents qu’elle n’a pas; un jeune homme imberbe rit dans sa barbe: «Ce soir, au dessert, en croquant des noisettes avec des dents absentes, la sœur nous raconte...» (Goncourt, Journal, année 1871, t. IV, p. 349.) «Le jeune Léon rit dans sa barbe future.» (Id., ibid., année 1882, t. VI, p. 177.)

Et ce discours «applaudi par deux larmes coulant sur la figure de l’amiral Jauréguiberry». (Id., ibid., année 1886, t. VII, p. 136.)

Puis des phrases entortillées et alambiquées comme celles-ci: «Charmée nerveusement, avec de petits tressaillements derrière la tête, Mme Gervaisais demeurait, languissamment navrée sous le bruit grave de cette basse balançant la gamme des mélancolies, répandant ces notes qui semblaient le large murmure d’une immense désolation, suspendues et trémolantes des minutes entières sur des syllabes de douleur dont les ondes sonores», etc. (Madame Gervaisais, p. 83.)

«Et, tout à coup, dans ce qu’il regardait, une page fleurissante semblait un herbier du mois de mai, une poignée du printemps, toute fraîche arrachée, aquarellée dans le bourgeonnement et la jeune tendresse de sa couleur.» Etc. (Manette Salomon, p. 173.)

«Et elle travaillait avec la fumée d’une bougie recueillie sur un plat d’argent, elle travaillait laborieusement, par-dessus le délicat charme de ses traits charmants, à la composition d’un visage aphrodisiaque et cadavéreux, où il y avait de l’échappée de l’hôpital, mêlée à une espèce de génisse inquiétante et fantasque», etc. (Chérie, p. 237.) Quel charabia! Et qu’est-ce que tout cela signifie?

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