«... Six jours après cet entretien, la belle lumière (c’est par cette métaphore qu’un interlocuteur désigne sa propre fille) qui, pendant vingt années, avait été toute ma joie, s’éteignit en donnant le jour à un fils qui ne la précéda que de quelques minutes en la nuit éternelle.» (Quelques Sires, Œil pour œil, p. 77.)
«... Ce renard, qui s’était approché de mon observatoire à pas de loup, ne mangera jamais plus de pain.» (Urbains et Ruraux, Griffe de fer, p. 155.)
Dans Gueux de marque (Zachario, nouvelle, p. 279) un homme qui vient d’être écrasé et qui va rendre l’âme, qui se meurt («...son front où perlaient déjà les sueurs de l’agonie»), trouve le moyen et la force de prononcer une harangue qui dure pendant plus de vingt-cinq pages. (Pages 279-307.) C’est là du reste un tour de force qu’on retrouve de temps à autre chez les romanciers, et dont Lesage, l’auteur du Diable boiteux, nous a jadis (p. 171) offert un exemple.
Dans Quelques Sires (Quasi-jeunes, p. 315-316) nous voyons des noces de diamant se célébrer après soixante-quinze ans de mariage, — au lieu de soixante ans, ce qui est déjà fort beau. (Cf. Larousse, Grand Dictionnaire, 1er suppl., art. Noce.)
«Qu’apercevois-je!» s’écrie Cladel dans sa Kyrielle de chiens (Monsieur Touche, p. 273); et auparavant (p. 154) il nous fait cet aveu: «Je rouai comme un paon».
«Une foule tumultueuse entrait et sortait de la Morgue.» (Quelques Sires, Maugrabins, p. 47.)
Dans Titi Foyssac IV (p. 156, Lemerre, 1886; et autres éditions) il crée le verbe s’excrimer, pour s’escrimer: «Ils s’excrimèrent à vomir un torrent d’imprécations...» Il se sert (p. 31) de la mauvaise locution en agir, pour en user. Il écrit (p. 233): «Aujourd’hui, c’est fête! Elle se changerait en deuil...»
Etc., etc.
Léon Cladel, le patient et acharné prosateur[50], a fait, je crois, très peu de vers, et c’est, j’en suis persuadé, très heureux pour sa mémoire. Je n’ai rencontré de lui que cette strophe d’un poème qu’il a composé en l’honneur de Victor Hugo (Cf. le journal Le Voleur, 21 décembre 1877, p. 813):
En l’an mil huit cent deux, naquit un homme