Dans la première de ces fables, La Cigale et la Fourmi (imitée d’Ésope), il y a, pour ainsi dire, autant de lapsus ou de bévues que de mots. «La fourmi n’amasse aucune provision pour l’hiver, ni mil, ni vermisseau, attendu qu’elle n’en a pas besoin, et qu’elle passe sagement cette saison à dormir, comme l’ours et la marmotte; partant, elle n’a jamais rien eu à refuser à la cigale, qui d’ailleurs ne lui a jamais rien demandé, attendu qu’il n’y a pas de cigales en hiver, et que la cigale n’attend pas pour disparaître que la bise soit venue.» (Toussenel, Le Monde des oiseaux, chap. 2, t. I, p. 62; édit. de 1853.)

A deux reprises (Le Chat et le Rat, VIII, 22; et Les Souris et le Chat-Huant, XI, 9), La Fontaine a fait du hibou «l’époux de la chouette», lorsque, selon les zoologistes, le hibou désigne un oiseau d’une espèce tout autre que la chouette (Cf. La Fontaine, édit. des Grands Écrivains, t. II, p. 326, note 13; et t. III, p. 162, note 5.)

Ailleurs (La Souris métamorphosée en Fille, IX, 7), le rat devient le mari, le mâle, de la souris.

Ce qui n’a pas empêché Chateaubriand de déclarer que La Fontaine était «notre plus grand naturaliste». (Cf. Eugène Noël, La Vie des fleurs, p. 71; Hetzel, s. d.)

Dans la fable La Chatte métamorphosée en Femme (II, 18), l’auteur nous dit que la chatte «ayant changé de figure», étant devenue femme,

Les souris ne la craignaient point,

les souris ne se sauvaient pas en l’apercevant. Ce qui est manifestement faux, les souris s’enfuyant à l’approche de qui que ce soit, au moindre bruit.

Dans Le Meunier, son Fils et l’Ane (III, 1), au lieu d’avoir la peine de marcher, et

Afin qu’il fût plus frais et de meilleur débit,

l’âne est d’abord suspendu par les pieds, à un bâton sans doute, et, la tête en bas, porté «comme un lustre», ce qui devait être passablement mais très sûrement incommode pour lui, et ne devrait pas lui permettre de dire «qu’il goûtait fort cette façon d’aller».