Nous avons signalé plus haut ([p. 22]) la fameuse dissonance, rectifiée depuis:

Non, il n’est rien que Nanine n’honore.

Ajoutons que, malgré ces défectuosités et ces tares, on ne peut s’empêcher de trouver exagérée cette sentence de Victor Hugo (Actes et Paroles, Avant l’exil, t. I, p. 234; Hetzel-Quantin, s. d.): «Je range les tragédies de Voltaire parmi les œuvres les plus informes que l’esprit humain ait jamais produites». Sentence draconienne, ultra-méprisante, d’autant plus curieuse que, comme le démontre Émile Deschanel (Ouvrage cité, p. 212, 228, 311, 356: «Tancrède, le héros amoureux et proscrit, n’est-ce pas déjà Hernani?» etc.), le théâtre de Victor Hugo offre plus d’une analogie avec celui de Voltaire. L’auteur d’Hernani, nous le verrons plus loin, dans le chapitre qui lui est consacré, n’a d’ailleurs pas toujours eu la même opinion sur Voltaire et ses tragédies.

L’orthographe de Voltaire, comme celle du reste de tous les écrivains de son temps et, à plus forte raison, des temps antérieurs, est très différente de la nôtre. Dans une lettre, rédigée entièrement de sa main, et signée: Voltaire, chambelan du roy de Prusse, il écrit ainsi les mots: nouvau, touttes, nourit, souhaitté, baucoup, ramaux, le fonds de mon cœur, andidote, crétien, etc., etc. (Cf. G.-A. Crapelet, Études pratiques et littéraires sur la typographie, p. 345, note).

Et dans sa tragédie de Tancrède (IV, 2), on lit:

Oui, j’ai tout fait pour elle...

Et l’eussé-je aimé moins, comment l’abandonner?

(aimé pour aimée).

On a même prétendu — c’est l’abbé Galiani (Lettres, t. II, p. 281; édit. Eugène Asse) — que «D’Olivet n’avait jamais pu parvenir à enseigner l’orthographe à Voltaire».

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