Le papier de Hollande est, en dépit de son nom, un papier d'invention et de fabrication absolument françaises. Ce sont de nos ancêtres appartenant à la religion réformée, qui, obligés de s'enfuir à l'étranger, après la révocation de l'édit de Nantes, portèrent leur industrie et leurs procédés aux Pays-Bas, et, de là, nous expédièrent leurs produits. Lorsqu'il est de bonne qualité, de pur fil, le papier de Hollande, d'ordinaire vergé, est résistant, ferme, sonore,—sonnant, comme on dit,—et de très bel aspect. De l'avis de certains bibliophiles, il a ou il aurait parfois, quand il est trop collé sans doute, l'inconvénient de ne pas très bien prendre l'encre, et de donner accidentellement aux impressions une apparence un peu terne et grisâtre.

Le papier Whatman[148] ressemble au papier de Hollande, mais il est toujours dépourvu de vergeures. Comme le hollande, il est grené, très ferme et très solide. On l'emploie beaucoup pour le dessin linéaire et le lavis[149].

Le vélin, ainsi nommé parce qu'il a la transparence et l'aspect de l'ancien vélin véritable, provenant de la peau de jeunes veaux, est un papier sans grain, très uni, lisse et satiné, excellent pour le tirage des vignettes. D'une façon générale, tout papier fabriqué à la forme et dépourvu de grains et de vergeures est qualifié de vélin.

Le papier de Chine se fabrique avec l'écorce du bambou. Il a une teinte grise ou jaunâtre, un aspect «sale», plus ou moins prononcé. Cela vient de ce que sa fabrication s'effectue en plein air. Il est, en outre, très mince, très léger et inconsistant. «Le papier de Chine… doit sa réputation, non pas à sa propre beauté, mais bien à ses affinités particulières avec l'encre d'impression[150]. Son tissu lisse et mou tout ensemble est plus apte qu'aucun autre à recevoir un beau tirage… L'impression y vient avec une incomparable netteté. Les livres imprimés en petit texte gagnent particulièrement à être tirés sur chine[151].» Ce papier est très sensible à l'humidité: aussi est-il bon de le faire encoller aussitôt après l'impression. Le papier de Chine sert non seulement pour certaines éditions de luxe, mais aussi pour les reports lithographiques. La feuille de Chine, convenablement encollée au préalable, et portant le texte, croquis ou dessin à transporter, à reporter sur la pierre, est appliquée sur celle-ci, et soumise à une forte pression: un simple mouillage suffit alors pour qu'elle laisse sur la pierre ce texte ou ce croquis,—le report.

Le papier du Japon est un superbe papier blanc ou légèrement teinté en jaune, soyeux, satiné, nacré, à la fois transparent et épais, qui absorbe l'encre très facilement et fait on ne peut mieux ressortir les tons des dessins. Il provient de l'écorce d'arbrisseaux de la flore japonaise, tels que le midzumatu (Edgeworthia papyrifera), dont les fibres sont molles, souples, longues et solides; le kozokodzou (Broussonetia papyrifera), fibres grosses, longues et solides; le gampi (Wickstræmia canescens), aux filaments très délicats: le papier fourni par ce dernier arbuste est particulièrement fin, souple et lisse[152].

On appelle aujourd'hui papier parchemin, parchemin végétal ou faux parchemin un papier sans colle, trempé très peu de temps dans une solution d'acide sulfurique, opération qui lui donne une transparence jaunâtre, rappelant le vrai parchemin[153]. On utilise fréquemment le papier parchemin comme couverture de volumes.

Mentionnons encore, en dehors des papiers de luxe:

Le papier serpente, papier très mince et sans colle, qui sert principalement à protéger les gravures contre le maculage;

Le papier pelure d'oignon, ou simplement pelure, qui est aussi un papier très mince, très léger et non collé, et s'emploie notamment pour les copies de lettres; une certaine espèce de papier pelure collé est utilisée comme papier à lettre économique: par sa légèreté, elle permet d'éviter les surtaxes postales[154];

Le papier joseph (du nom de son inventeur Joseph Montgolfier), ou papier de soie, qui est blanc, fin, très souple et soyeux: on l'emploie, comme le serpente, pour protéger les gravures, et aussi pour envelopper de menus objets fragiles, des bijoux, etc.;