Nous nous occupons alors de son Achat: quels livres faut-il acheter? Est-il nécessaire d'en posséder beaucoup? Vaut-il mieux s'adresser aux libraires qu'aux bouquinistes, à la «nouveauté» qu'à l'«occasion», à ce que les Allemands appellent l'«antiquariat»?
Nous examinons ensuite l'Aménagement de la bibliothèque, quels genres de meubles et de rayonnages conviennent le mieux pour le Rangement des livres, et quel doit être ce rangement. Puis viennent les divers systèmes de Classification et les principales sortes de Catalogues (alphabétique, méthodique, etc.) qu'on peut avoir besoin d'établir. Le chapitre dernier a pour objet l'Usage et l'Entretien des livres; il passe en revue les moyens de les préserver de la poussière, de l'humidité et des insectes, et de remédier aux accidents (déchirures et taches) qui les menacent; il enseigne à les défendre contre leurs nombreux ennemis: souris, rats, emprunteurs, collectionneurs de gravures, etc.; recherche quels sont les moments de la journée les plus favorables pour la lecture, quelle doit être l'hygiène du liseur, comment il convient de tenir un livre, de le manier, d'en couper les pages, etc., etc.
Le volume se termine par une liste des abréviations, locutions latines, termes géographiques latins, chiffres romains et signes typographiques usités en bibliographie; par un relevé des principaux ouvrages relatifs aux bibliothèques et à tout ce qui concerne le papier imprimé; enfin par un index alphabétique permettant de consulter le présent livre et de s'y référer comme on ferait d'un dictionnaire.
A nos observations propres, nous avons joint fréquemment des remarques, gloses ou anecdotes récoltées dans nos lectures. Il nous a semblé qu'il était bon, qu'il était essentiel, d'appuyer le plus possible nos renseignements ou nos avis de l'autorité de nos plus experts prédécesseurs. Mais «à Dieu ne plaise, dirons-nous avec l'un d'eux[1], que nous ayons jamais eu la pensée de nous enrichir sournoisement aux dépens d'autrui, et de venir ensuite colorer ce trop facile procédé, en répétant avec le sans-façon d'un vieil et naïf écrivain[2]: «Il doit peu vous importer, mon cher lecteur, d'où j'aye pris tout ce que j'ai dit dans mon livre, pourvu qu'il soit véritable et qu'il vous instruise». Nous avons toujours eu soin, au contraire, d'indiquer exactement nos références, autant par scrupule d'écrivain et par probité que par haine de l'à peu près et par prudence, afin que nos citations ou assertions pussent être contrôlées sur-le-champ et sans peine.
Le caractère élémentaire de cet ouvrage nous a obligé de nous restreindre à une seule nation, la nôtre, à la bibliographie française. Néanmoins, tout en laissant de côté les bibliothèques étrangères, nous avons eu fréquemment recours, ainsi qu'on le constatera, à l'Encyclopædia britannica, aux traités de Petzholdt et de Graesel, et, pour la classification décimale, à Melvil Dewey et à l'Office international de Bruxelles.
Nous savons qu'il est de mode en France, aujourd'hui plus que jamais, et de mode très ancienne, de toujours nous dénigrer nous-mêmes et de nous engouer d'autrui[3]. Nos généreux et naïfs enthousiasmes, nos emballements continuels pour quantité de romanciers russes, scandinaves ou italiens, déconcertent et font sourire les compatriotes de ces écrivains eux-mêmes, les lettrés de Pétersbourg, d'Upsal ou de Florence. De même en bibliographie: pendant que nous proclamons à tout vent et sans discussion la supériorité des méthodes étrangères sur les nôtres, l'étranger, plus équitable et, pour ainsi parler, plus Français que nous-mêmes, rend hommage et justice à nos efforts, s'approprie nos idées et met en pratique nos procédés[4]. Il y a là comme un singulier chassé-croisé.
Dans une étude d'opérations si différentes les unes des autres, au cours d'un travail aussi multiple et complexe que celui-ci, plus d'une erreur a inévitablement dû se glisser, plus d'une omission se commettre, et rien de plus facile que de trouver ici matière à critique. Nous ne saurions donc mieux conclure que par cette humble requête, empruntée à l'un de nos plus illustres devanciers, et adressée au lecteur: «De quoy (de ce travail) si tu me sçais gré, j'auray de quoy louer ta bienvueillance et courtoisie: sinon je te supplieray de vouloir au moins excuser mes fautes et celles de l'imprimeur[5]».
Albert CIM.
Paris, le 31 août 1901.
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